Au Soudan du Sud, des experts de l’ONU alertent sur un risque de « violences massives contre les civils » à Jonglei

Des experts indépendants mandatés par l’ONU disent redouter des « violences massives contre les civils » au Soudan du Sud, sur fond de discours jugés « incendiaires » et de mobilisation de troupes. La région de Jonglei est touchée par des combats depuis fin décembre.

Au Soudan du Sud, des experts de l’ONU alertent sur un risque de « violences massives contre les civils » à Jonglei

Des experts indépendants mandatés par les Nations unies ont exprimé, dimanche 25 janvier, leurs inquiétudes face à un risque de « violences massives contre les civils » au Soudan du Sud. Ils mettent en cause des propos qualifiés « d’incendiaires » attribués à certains responsables militaires, ainsi que des informations faisant état d’une forte mobilisation de troupes dans le nord du pays.

La Commission sur les droits de l’homme au Soudan du Sud a déclaré être « grandement inquiète » de la situation dans l’État de Jonglei, où des affrontements sont signalés depuis fin décembre. Selon les éléments rapportés par la Commission, les combats opposent l’armée sud-soudanaise, relevant des autorités du président Salva Kiir, à des forces du SPLA-IO, présentées comme loyales à l’ancien vice-président Riek Machar.

Les experts estiment que la rhétorique publique attribuée à certains commandants, lorsqu’elle encourage la violence contre des civils et survient en parallèle d’une mobilisation active des troupes, constitue une escalade. Ils avertissent que cette dynamique pourrait accroître le risque d’atrocités et fragiliser davantage l’accord de paix ayant mis fin à la guerre civile de 2013 à 2018.

Dans ce contexte, le chef de l’armée, Paul Majok Nang, a demandé, mercredi, à ses troupes déployées dans la région « d’écraser » la rébellion sous sept jours, d’après des propos rapportés par des médias sud-soudanais. Toujours selon des propos relayés par plusieurs médias, un haut responsable militaire a aussi déclaré qu’il ne fallait « épargner personne, pas même les vieillards », déclaration citée comme un exemple de discours « incendiaire » par les experts onusiens.

La présidente de la Commission, Yasmin Sooka, a déclaré que, par le passé, une telle rhétorique avait précédé des atrocités de masse au Soudan du Sud. La Commission appelle les parties à cesser immédiatement les discours incitant à la violence et à interrompre la mobilisation de forces afin de désamorcer les tensions, tout en soulignant que les dirigeants civils et militaires pouvant inciter à commettre des crimes « peuvent être tenus pour responsables pénalement ».

La Mission des Nations unies au Soudan du Sud (Unmiss) a également publié, dimanche, un communiqué dénonçant des discours appelant à la violence contre les civils, y compris les plus vulnérables, et demandant qu’ils cessent « immédiatement ». Le même jour, le porte-parole des forces sud-soudanaises, Lul Ruai Koang, a exhorté les habitants de trois comtés de Jonglei se trouvant dans des zones contrôlées par le SPLA-IO à évacuer « pour leur sécurité » vers des zones contrôlées par le gouvernement, selon les déclarations rapportées.

Toujours selon ces déclarations, les civils armés se trouvant à proximité de baraquements du SPLA-IO pourraient être « considérés comme des cibles militaires légitimes ». Les experts mandatés par l’ONU appellent, pour leur part, la communauté internationale à faire pression sur les dirigeants sud-soudanais afin qu’ils reviennent à une voie politique, avertissant d’un risque de « conflit ethnique généralisé ».

D’après les autorités sud-soudanaises, environ 180 000 personnes ont été déplacées par les affrontements. Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a mis en avant la vulnérabilité des communautés concernées, évoquant une insécurité alimentaire aiguë, des épidémies et les conséquences d’inondations survenues l’année précédente.

Le Soudan du Sud, devenu indépendant en 2011, connaît depuis près d’un an des violences localisées, selon les informations rapportées. Le conflit à Jonglei est présenté comme se distinguant par son ampleur, dans un pays marqué par la guerre civile entre 2013 et 2018, qui avait opposé les partisans de Salva Kiir et de Riek Machar et fait, selon le bilan rappelé, environ 400 000 morts. La région de Jonglei est décrite comme majoritairement peuplée de Nuers, et une source humanitaire citée indique que des jeunes ont pris les armes aux côtés du SPLA-IO contre l’armée perçue comme proche du pouvoir.

Sources

  • France 24 — https://www.france24.com/fr/afrique/20260125-onu-inquiete-risque-violences-massives-contre-civils-soudan-du-sud-experts-independants-splaio-jonglei-salva-kiir-riek-machar

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