La valeur du travail vue par les voleurs du travail

Quand Carlos Tavares accuse la France d’avoir « oublié la valeur du travail », il parle d’un monde qu’il a lui-même vidé de sens. Le PDG prêche le travail aux autres pendant qu’il récolte leurs dividendes. Le PDG multimillionnaire incarne moins le travail que sa mise à mort organisée.

La valeur du travail vue par les voleurs du travail
Photo by Ümit Yıldırım / Unsplash
« Le postfordisme présente toutes les caractéristiques du double langage : c’est exactement au moment où il chante le capital humain que la valeur travail devient une variable d’ajustement et la valeur actionnariale la variable principale. Soutenir cette contradiction impose bien sûr de mettre au point de nouveaux dispositifs d’aliénation et d’exploitation, non seulement des corps mais aussi de l’âme – soit un approfondissement de ce que Simone Weil appelait déjà “la mise en esclavage de l’âme“. » - Dany-Robert Dufour, Le délire occidental, 2014.

Invité de France Inter le 28 octobre 2025, Carlos Tavares a livré sa sentence : si l’Europe veut « garder son mode de vie », il lui faudra « travailler plus ». Et, dans un registre qu’il affectionne, l’ancien numéro deux de Carlos Ghosn (autre apôtre du management par la peur et le mépris) a désigné le mal profond : la France serait devenue une société « décadente », ayant « oublié la valeur du travail ».

Le refrain est connu. Si la productivité s’essouffle, si les profits s’érodent, c’est la faute d’une population devenue fainéante. Cette vieille antienne patronale revient à intervalles réguliers, comme un réflexe de classe. Elle dit moins la réalité du travail que la conception qu’en ont ceux qui n’en connaissent que les dividendes : le travail, pour eux, n’a de valeur que dans la mesure où il alimente la leur. Sous le vernis de la vertu, il y a la conviction qu’un salarié n’est qu’un levier de rendement, corvéable à merci, et qu’il devrait s’estimer heureux de participer à la gloire du capital.

Or la recherche sociologique dément largement cette caricature. Les études européennes sur les valeurs et les travaux de Dominique Méda et Lucie Davoine montrent que les Français restent, avec les Allemands et les Scandinaves, parmi les peuples d’Europe les plus attachés au travail. Ils lui accordent une place essentielle dans leur vie, tout en souhaitant qu’il prenne moins de place matérielle. Loin d’un désintérêt, il s’agit d’une réévaluation. Travailler, oui, mais autrement : pas davantage, mais mieux, dans des conditions humaines, avec du sens et de la reconnaissance.

Les enquêtes de l’IRES et d’Eurofound aboutissent à la même conclusion : la qualité du travail, son équilibre avec la vie privée, son caractère soutenable comptent désormais autant que sa quantité. Loin de prouver un déclin moral, cette évolution traduit la maturité d’une société qui refuse la souffrance comme prix du mérite.

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