Le Ghana a enclenché deux mouvements parallèles de politique économique extérieure.
D'une part, une candidature est en préparation pour adhérer aux BRICS, et, d'autre part, est mis en place un mécanisme de paiement reliant le cedi au yuan pour une partie du commerce avec la Chine.
Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, a annoncé à Accra que le gouvernement préparait les étapes nécessaires pour déposer une demande formelle d’adhésion au groupe, après validation de l’intérêt du pays par le parlement. Il a présenté cette orientation lors d’un point de presse commun avec le ministre indien des Affaires extérieures, Subrahmanyam Jaishankar.
Accra inscrit cette démarche dans une stratégie de diversification de ses partenariats économiques. Le chef de la diplomatie ghanéenne a expliqué que le pays entend conserver ses relations avec ses partenaires traditionnels tout en élargissant ses options de financement, de commerce et d’investissement. Il a aussi relié cette initiative à la volonté de promouvoir l’industrialisation, la création d’emplois et une plus grande valeur ajoutée locale. L’Inde a indiqué voir avec sympathie l’intérêt du Ghana pour les BRICS, tout en rappelant que toute adhésion relève d’une décision collective des membres du groupe.
En parallèle, le Ghana teste un dispositif permettant à des entreprises importatrices de régler certaines opérations liées à la Chine à partir de comptes libellés en cedis, le fournisseur étant payé en yuan. Le mécanisme est expérimenté par Stanbic Bank Ghana. GCB Bank travaille de son côté à un service comparable, dans le prolongement d’échanges engagés dès 2025 avec des interlocuteurs chinois sur des règlements directs en renminbi. Le circuit repose sur le Cross-Border Interbank Payment System, ou CIPS, l’infrastructure chinoise de paiements interbancaires transfrontaliers.
L’objectif opérationnel est de raccourcir la chaîne de paiement. En remplaçant une partie des conversions et des relais bancaires habituellement centrés sur le dollar, le dispositif doit réduire le recours aux banques correspondantes américaines. Les banques engagées dans ce chantier mettent en avant des délais de traitement plus courts, une baisse des coûts de transaction et une plus grande fluidité pour les opérateurs qui importent depuis la Chine. Pour les entreprises ghanéennes, la pression liée à la recherche de dollars pour payer les fournisseurs chinois constitue depuis des années un point de tension récurrent.
Cette évolution ne signifie pas la disparition du dollar dans les échanges extérieurs du Ghana, mais elle marque une tentative de diversification monétaire sur un axe commercial important, d'autant que la Chine investit et investira davantage au Ghana. La Chine occupe une place centrale dans les importations ghanéennes, ce qui donne à un canal cedi-yuan un effet potentiellement concret sur une part des paiements commerciaux. Le projet s’inscrit plus largement dans une tendance observée dans plusieurs pays émergents consistant à utiliser davantage les monnaies locales ou des monnaies partenaires dans le règlement des échanges bilatéraux.
Pour rappel, le 11 juin 2025, à Changsha, dans la province chinoise du Hunan, à l’occasion d’une réunion ministérielle du Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC), la Chine a annoncé une décision majeure, celle de supprimer intégralement les droits de douane sur les produits importés de 53 des 54 pays africains, seul l’Eswatini, qui reconnaît Taïwan, étant exclu. Cette mesure, entrée pleinement en vigueur le 1er mai 2026, présente une particularité fondamentale : elle est unilatérale et n’impose aucune réciprocité. Les États africains conservent donc la possibilité de maintenir leurs propres droits de douane sur les produits chinois, notamment pour protéger leurs industries naissantes, développer leur production nationale et consolider leurs marchés intérieurs.
Cette asymétrie assumée témoigne d'une confiance dans la puissance économique chinoise et d'une approche très différente des accords de libre-échange fondés sur l'ouverture réciproque des marchés, notamment ceux promus par l'Union européenne. À l'heure où les États-Unis multiplient les barrières douanières, Pékin choisit d'ouvrir son marché aux producteurs africains sans exiger en retour une ouverture équivalente. Une politique qui renforce son attractivité auprès des capitales africaines et contribue, pas à pas, à leur rapprochement avec la Chine et, plus largement, avec les BRICS.
Le rapprochement avec les BRICS et l’expérimentation de paiements directs vers la Chine suivent la logique de desserrer la dépendance aux circuits dominés par le dollar et accroître les marges de manœuvres économiques du pays. Le gouvernement ghanéen présente cette orientation comme compatible avec ses engagements auprès des institutions financières internationales. Pour Accra, l’enjeu est d’additionner les canaux de financement, d’investissement et de règlement commercial, sans rompre avec ses partenaires existants mais en élargissant sa palette d’options.
Reste à voir si Accra ne subira pas de pressions amicales pour ne pas faire aboutir ces projets...