L’insulte de trop qui ruina définitivement le pétrodollar (et enlisa l'Amérique en Iran)

Une insulte de trop. En humiliant Mohammed ben Salmane, la brutalité de Donald Trump pourrait porter un coup fatal à la relation américano-saoudienne. Dans un monde en bascule, ce dérapage pourrait accélérer la remise en cause du pétrodollar et précipiter le décrochage stratégique américain.

L’insulte de trop qui ruina définitivement le pétrodollar (et enlisa l'Amérique en Iran)
Donald Trump et Mohammed ben Salmane © Kevin Lamarque / Reuters
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« Il faut feindre la faiblesse, afin que l'ennemi se perde dans l'arrogance. » – Sun Tzu
« Là où la diplomatie a échoué, il reste la femme. » – Proverbe arabe

« He didn’t think he would have to kiss my ass », a éructé Donald Trump, dans un mélange de vulgarité assumée et de mise en scène brutale du rapport de force avec l'Arabie saoudite. L’histoire retiendra peut-être cette phrase comme un moment de bascule. Lorsqu’il évoque Mohammed ben Salmanes, ce n’est pas seulement un homme qu’il insulte, mais un partenaire stratégique majeur... au risque de le perdre, et ainsi de condamner le système qui assure la puissance mondiale américaine depuis Le pacte du Quincy datant du 14 février 1945.


Une diplomatie réduite à la brutalité
Chez Trump, la diplomatie n’est pas une architecture d’équilibres, de signaux et de nuances. Elle est une extension de la domination personnelle. Le monde, dans sa vision, doit plier devant les États-Unis – et devant lui. Mais cette posture, certes personnelles, n’est pas une « rupture », elle est l’aboutissement caricatural de quarante années d’hégémonie occidentale. Sanctions illégales tous azimuts, extraterritorialités des lois américaines, guerres de choix, injonctions économiques, discipline monétaire, leçons morales... l’Occident a progressivement imposé un cadre mental où la contrainte remplace la négociation, où l’obéissance est attendue, où la souveraineté des autres est relative. C'est une pensée néocoloniale qui s'est imposée dans les consciences de nombreux dirigeants occidentaux.

Trump pousse cette logique à son point de rupture. Là où ses prédécesseurs enveloppaient la domination dans le langage du droit ou des alliances, lui la met à nu. Il ne négocie pas, il exige. Il ne persuade pas, il humilie. Et ce faisant, il révèle la nature profonde d’un système devenu incapable de se penser autrement que comme centre du monde, ce que les pays du Sud Global ne supportent plus.


Un monde qui a changé sans Washington
Or, le problème pour Washington est que le monde a changé. Les BRICS se sont structurés, la Chine s’est imposée comme puissance systémique, la Russie a démontré sa résilience stratégique, l’Inde et le Brésil ont consolidé leur autonomie. Le centre de gravité économique s’est déplacé. Le Sud global concentre désormais la majorité de la population, une part plus importante que l'Occident du PIB mondial en pourvoir de parité d'achat (PPA), les ressources critiques et une base industrielle décisive.

Dans ce nouvel ordre, l’injonction ne suffit plus. L’autorité ne se décrète pas. Elle se négocie, se partage, se compose. Et surtout, elle peut être refusée. Au fond les dirigeants occidentaux et surtout les Etats-Unis n'acceptent pas que le monde est devenu multipolaire. Les récents points de friction le montrent pourtant clairement : guerre en Ukraine, victoire chinoise sur la guerre tarifaire, coordination des BRICS, processus de dépolarisation, résistance iranienne.

L’Arabie saoudite en est l’exemple le plus frappant. Pendant la guerre en Ukraine, par trois fois, Riyad a refusé de répondre aux demandes conjointes des États-Unis et de l’Union européenne d’augmenter sa production pour faire baisser les prix et affaiblir Moscou. Par trois fois, le royaume s’est aligné avec la Russie au sein de l’OPEP+, réduisant la production et contribuant à maintenir des prix élevés. Cette décision était politique et signifiait, « nous ne sommes plus un exécutant » – le message n'a pas été entendu.

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