L'ONU est nue

Tandis que les bombes pleuvent sur le Moyen-Orient, le Conseil de sécurité constate son impuissance. Pourtant, l’ONU fonctionne exactement comme elle a été conçue : impuissante quand les puissants sont en cause, utile surtout pour maintenir l’illusion qu’un arbitre veille.

L'ONU est nue
Salle déserte du Conseil de sécurité de l'ONU alors que le monde est à feu et à sang. Image générée par IA
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« Les forts font ce qu’ils ont le pouvoir de faire, et les faibles acceptent ce qu’ils ont à accepter. »
ThucydideHistoire de la guerre du Péloponnèse, Ve siècle avant J.-C.
« Le premier pilier de l’ordre mondial, l’ordre politique international, a totalement disparu. Il reste disponible comme arme contre les ennemis, mais rien d’autre n’en subsiste, sinon le dogme théologique selon lequel nous défendons l’ordre mondial et le droit international. »
Noam Chomsky, conférence au MIT, « Foundations of World Order », février 1999

Ce 28 février 2026, à 2 heures 30 du matin, heure de Washington, le président des États-Unis annonçait le déclenchement de l’opération « Epic Fury » (« fureur épique »), une campagne de bombardement massif contre l’Iran, menée conjointement avec Israël dans le cadre de l’opération « Roaring Lion » (« le rugissement du lion »). 

En l’espace de douze heures, des centaines de sites iraniens liés, selon les États-Unis, aux Gardiens de la révolution, à la défense aérienne et aux capacités iraniennes en missiles et drones ont été frappées. Le guide suprême Ali Khamenei a été tué, ainsi qu’une quarantaine de hauts responsables militaires et politiques. Mais au moins une école primaire de la ville de Minab a également été touchée, tuant 165 personnes à ce stade (selon les médias iraniens), dont une grande majorité d’enfants. Et l’agence de presse iranienne Isna a affirmé que l’hôpital Gandhi, situé dans le nord de Téhéran, avait également été visé dimanche soir.

Fouilles dans les décombres après le bombardement israélo-américain d’une école de filles à Minab (Iran), 28 février 2026

L’Iran a riposté immédiatement en lançant des centaines de missiles et de drones sur Israël, ainsi que sur les bases américaines du Golfe et sur les infrastructures de plusieurs pays voisins. Des explosions ont été signalées à Dubaï, à Doha, à Manama, à Riyad. 

Depuis, l’Iran a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz, artère vitale par laquelle transite entre un cinquième et un tiers du pétrole mondial selon les estimations, piégeant au passage une soixantaine de navires français dans le golfe Persique (selon le président d’Armateurs de France).

La base émiratie d’Al-Salam à Abou Dhabi, qui héberge des forces françaises, a aussi été touchée par des drones iraniens. Quelques heures plus tard, le président Macron a interrompu en urgence le déploiement du porte-avions Charles-de-Gaulle en mer Baltique pour le rediriger vers la Méditerranée orientale.

Le premier ministre britannique Keir Starmer, qui de son côté avait d’abord refusé de participer aux frappes, a fini par autoriser les États-Unis à utiliser les bases britanniques pour des tirs « défensifs » contre les sites de missiles iraniens. La réponse de Téhéran ne s’est pas faite attendre. Dans la nuit du 1er au 2 mars, un drone de type Shahed a frappé la piste de la base britannique de la RAF à Akrotiri, à Chypre, marquant la première frappe iranienne sur le sol européen. 

À l’heure où l’on écrit ces lignes, on apprend encore que plus de 70 missiles et drones ont frappé la ville d'Erbil dans le nord de l'Irak, le ministre des Affaires étrangères irakien déclarant que l'Irak était « devenu une victime de cette guerre ». Le Hezbollah a riposté à l'assassinat de Khamenei par des tirs de roquettes et de drones sur Israël, provoquant des frappes israéliennes dans la banlieue de Beyrouth. On apprend aussi que trois chasseurs F-15E américains ont été abattus par erreur par la défense antiaérienne du Koweït (les six membres d'équipage ayant survécu après éjection). Et que des débris de missiles iraniens sont tombés près de Damas en Syrie, blessant un homme et ses trois filles.

Le monde entier ne peut que constater la rapidité avec laquelle le conflit s’étend, touchant déjà neuf pays au-delà de ceux directement engagés (Irak, Liban, Syrie, Bahreïn, Qatar, Koweït, Émirats, Jordanie, Arabie saoudite). Ce que le vocabulaire diplomatique appelle « escalade » cesse désormais d’être une abstraction. Et chacun pressent que le coût de cette leçon pourrait être effroyable.

Mais que fait l’ONU ?
Face à un tel danger de déflagration incontrôlée, le réflexe de chacun est sans doute de se tourner vers l’institution que le monde s’est précisément donnée pour empêcher cela. Car c’est bien à cette fin, et à nulle autre, que l’Organisation des Nations unies (ONU) a été créée au lendemain d’une guerre qui avait fait plus de soixante millions de morts. « Maintenir la paix et la sécurité internationales » ; « prévenir et écarter les menaces à la paix et [...] réprimer tout acte d’agression ou autre rupture de la paix » ; « développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes » ; « réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d’ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous ». Autant de « buts » précisés dès le premier article de la Charte de 1945. C’est sur cette promesse que repose sa légitimité.

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