« Tuez Sankara, des milliers de Sankara naîtront ! » – Thomas Sankara, peu avant sa mort.
Il est des hommes dont la mort marque la fin d'une époque, et il en est d'autres dont l'assassinat marque le commencement d'une légende, parce que leurs idées, leur courage et leur exemple survivent à ceux qui ont cru pouvoir les faire disparaître. Thomas Sankara appartient à cette seconde catégorie.
Le 15 octobre 1987, à Ouagadougou, le président du Burkina Faso était assassiné avec douze de ses compagnons. Il avait trente-sept ans et quatre années seulement lui avaient suffi pour bouleverser le destin de son pays, défier les puissances coloniales et néocoloniales, montrer la violence du système dette et le combattre. En un temps record, mais par l'intensité et la légitimité de ses combats, Thomas Sankara a inscrit son nom au panthéon des luttes pour l'émancipation humaine.
Peut-être pire que tout pour les puissants de ce monde, il a démontré en quatre années seulement qu'un autre avenir était possible, même pour un « petit » pays africain, qu'on pouvait prétendre décider lui-même de son destin et que la politique pouvait être autre chose que l'administration des privilèges, la soumission aux puissants et l'enrichissement personnel des dirigeants.
C'est à ce titre que Thomas Sankara donna à son pays la magnifique devise le « pays des hommes intègres », faisant de la probité, de la dignité et de la droiture non seulement des vertus individuelles, mais les fondements mêmes de l’identité nationale et de l’idéal politique qu’il entendait incarner.
Thomas Sankara fut, après Patrice Lumumba, l'une des grandes incarnations de cette Afrique qui refusait de courber l'échine, une Afrique debout, consciente de son histoire, fière de ses peuples et de ses héritages, décidée à ne plus subir les volontés des anciennes puissances coloniales.
Son assassinat, dans le contexte d'un coup d'État qui porta au pouvoir son ancien compagnon Blaise Compaoré, mit brutalement fin à cette expérience révolutionnaire. Les responsabilités étrangères dans ce crime, notamment l’implication des réseaux de la Françafrique, des services de renseignement français et de la CIA, restent à établir juridiquement. Mais de nombreux indices concordants alimentent depuis des décennies de lourds soupçons quant à leur rôle dans cet assassinat.
En tout état de cause, cet assassinat était dans l'intérêt des ex puissances coloniales et de celles ne souhaitant pas voir émerger un pays remettant en cause les diktats de la dette – je suis ainsi personnellement convaincu que c'est spécifiquement le célèbre discours de Thomas Sankara sur la dette en général et la dette africaine en particulier, le 29 juillet 1987, à Addis-Abeba, en Éthiopie, lors du 25ᵉ sommet de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), qui déclenchera les ordres qui ont mené à son élimination.
Mais les assassins ont échoué sur l'essentiel. Ils ont supprimé un homme. Ils n'ont pas supprimé ses idées, ni l'exemple qu'il a donné.
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