L’histoire contemporaine du Venezuela ne peut pas se comprendre sans regarder là où tout commence, dans son sous-sol, là où gisent les principales réserves de pétrole au monde - plus de 308 milliards de barils, plus que l'Arabie saoudite et l'Iran. Une histoire qui ne pouvait que mal se passer avec les Etats-Unis.
Dès le début du XXᵉ siècle, lorsque l’on découvre que ce pays assis sur la côte caraïbe est l’un des territoires les plus riches en hydrocarbures de la planète, Washington et les grandes compagnies pétrolières américaines en font une pièce essentielle de leur dispositif énergétique. Le pétrole vénézuélien était, pour les États-Unis, un enjeu stratégique bien avant qu’Hugo Chávez, Nicolas Maduro ou Donald Trump n’entrent sur la scène politique.
Cela permet de comprendre pourquoi Donald Trump a parlé lors de sa conférence de presse de « ce pétrole que les Vénézuéliens nous ont volé [aux Américains NDLR] », renversant la charge de la culpabilité historique.
Quand les majors américaines façonnent le Venezuela
Dès les années 1910 et 1920, le dictateur Juan Vicente Gómez ouvre grand les portes aux investissements étrangers. La britannique Shell, d’abord dominante, est vite rattrapée par les compagnies américaines, la Standard Oil (future Exxon, Mobil ou Chevron parmi bien d'autres après le passage de la loi anti-trust), Gulf Oil, ou Mobil. À la fin des années 1920, ces trois géants contrôlent l’essentiel de la production vénézuélienne. Le brut vénézuélien est extrait par des entreprises américaines, transporté par elles, raffiné par elles et réinjecté dans le système industriel nord-américain. L’État vénézuélien, jeune et faible, dépend déjà entièrement de cette rente pour fonctionner. Le rapport de force est clair, et il est à la défaveur de Caracas qui profite bien peu de la manne pétrolière mis à part une élite et une bourgeoise compradore, déjà idéologiquement américanisée - on est dans le cas classique d'un Etat sous régime néocolonial.
La loi pétrolière de 1943, instaurant un partage 50/50 des profits entre l’État et les compagnies, est une première tentative de rééquilibrage. Mais les majors acceptent cette règle seulement parce qu’elle garantit la stabilité des concessions. Autrement dit, elles préfèrent lâcher un peu plus des revenus globaux pour conserver l’essentiel, à savoir la propriété des concessions, le contrôle opérationnel, technologie et l'accès aux marchés. Ce compromis installe durablement le Venezuela comme pilier de l’approvisionnement énergétique américain. Washington ne peut concevoir autrement le Venezuela.
Pendant la guerre froide, ce lien se renforce politiquement. Marcos Pérez Jiménez, dictateur militaire dans les années 1950, dirige un régime autoritaire… mais fiable et pro-américain, donc évidemment acceptable pour les Etats-Unis. Le pétrole coule sans accroc, l’anticommunisme fait le reste. Quand il tombe en 1958 sous la pression populaire et militaire, les États-Unis prennent acte et veillent surtout à ce que la transition démocratique ne change pas les fondamentaux : le pétrole doit continuer d’alimenter l'économie et le nouveau pouvoir à Caracas s'accommode de cette exigence, refusant de s'aliéner un si puissant « parrain ».
« C’est peut-être un salaud, mais c’est notre salaud. » - Franklin Roosevelt à propos du dictateur dominicain Rafael Trujillo.
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