La publication de plusieurs millions de pages de documents judiciaires par le ministère américain de la Justice a relancé l’attention médiatique autour de l’affaire Jeffrey Epstein. En France, un article de France 24 a notamment mis l’accent sur des tentatives de rapprochement supposées entre le financier américain et la Russie, évoquant à de nombreuses reprises le Kremlin et le président Vladimir Poutine.
Les documents cités font principalement état de courriels, de démarches personnelles et de propositions initiées par Jeffrey Epstein entre 2010 et 2018, visant à obtenir des contacts ou des rencontres avec des responsables russes. Aucun élément publié ne permet toutefois d’établir qu’une rencontre avec Vladimir Poutine ait eu lieu, ni qu’un lien opérationnel ou institutionnel se soit concrétisé.
Malgré ces limites clairement reconnues dans le corps même de l’article, la multiplication des références à Moscou et au Kremlin structure le récit et laisse planer l’idée d’une proximité ou d’une influence russe. Des hypothèses non confirmées, issues de notes internes ou relayées par des médias tabloïds anglo-saxons, sont présentées au même niveau que des faits établis.
Ce traitement intervient alors que le cœur de l’affaire Epstein concerne des crimes sexuels commis aux États-Unis, ainsi que les défaillances judiciaires, politiques et sociales ayant permis au financier d’agir pendant des années au sein de cercles de pouvoir occidentaux. La focalisation sur la Russie apparaît ainsi comme un déplacement du regard, au détriment de ces responsabilités centrales.
Pour certains observateurs, ce type de couverture s’inscrit dans une forme de russophobie primaire, où la simple présence de références russes dans des documents suffit à orienter l’interprétation, sans hiérarchisation rigoureuse entre faits avérés, intentions non suivies d’effet et spéculations.