Cuba–États-Unis : un affrontement maritime qui ravive une longue histoire de confrontations clandestines

L’affrontement du 25 février 2026 entre gardes-frontières cubains et occupants armés d’une vedette immatriculée en Floride dépasse le fait divers maritime. Il ravive six décennies de tensions, d’opérations clandestines et de stratégies de pression américaine contre Cuba.

Cuba–États-Unis : un affrontement maritime qui ravive une longue histoire de confrontations clandestines
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Le 25 février 2026, les autorités cubaines ont annoncé avoir intercepté une embarcation rapide immatriculée en Floride dans les eaux territoriales de l’île, au large de Cayo Falcones, dans la province de Villa Clara. Selon le ministère de l’Intérieur, les occupants, armés, auraient ouvert le feu lors du contrôle. L’échange a fait quatre morts parmi les passagers et plusieurs blessés, ainsi qu’un officier cubain touché.

Washington, par la voix du secrétaire d’État Marco Rubio, a rapidement nié toute implication gouvernementale dans l’opération et indiqué qu’une enquête américaine serait menée pour établir les faits. Cette réaction rapide s’inscrit dans un climat diplomatique déjà fortement dégradé entre les deux pays.

Au-delà de l’événement lui-même, l’incident s’inscrit dans une histoire longue et documentée de confrontation entre les États-Unis et Cuba depuis la révolution de 1959. Dès le début des années 1960, l’administration américaine a engagé des opérations clandestines visant à affaiblir le nouveau pouvoir révolutionnaire. L’Operation Mongoose, lancée en 1961 après l’échec de l’invasion de la Baie des Cochons, prévoyait sabotage, infiltrations et actions secrètes destinées à déstabiliser le régime cubain.

Des documents déclassifiés et les travaux du Church Committee ont par ailleurs établi l’existence de multiples projets d’assassinat visant Fidel Castro. Si tous n’ont pas abouti, leur planification même témoigne d’une volonté assumée, à l’époque, d’en finir avec le pouvoir cubain par des moyens non conventionnels.

Le projet Operation Northwoods, proposé en 1962 par des responsables militaires américains — sans être mis en œuvre — allait jusqu’à envisager des actions violentes sous faux drapeau afin de créer un prétexte à une intervention contre Cuba. Ce précédent, longtemps classifié, nourrit encore aujourd’hui la mémoire politique cubaine et latino-américaine.

Dans ce contexte historique, l’affrontement maritime du 25 février ne peut être analysé comme un simple incident isolé. Il intervient alors que l’embargo américain, en vigueur depuis plus de soixante ans, continue de peser lourdement sur l’économie cubaine, et que les relations bilatérales demeurent marquées par la défiance et la pression politique.

Au regard de ces antécédents, il est permis de s’interroger sur la nature stratégique de toute tentative d’intrusion armée sur le territoire cubain. Même si aucune preuve publique n’établit à ce stade une implication directe de l’État américain dans l’opération, l’histoire des opérations clandestines contre Cuba alimente inévitablement une lecture géopolitique plus large.

Du point de vue du droit international, l’entrée armée d’un groupe sur le territoire d’un État souverain constitue une violation grave de sa souveraineté. Dans cette perspective, la réaction armée des garde-frontières cubains s’inscrit dans la logique de défense territoriale revendiquée par La Havane.

La question centrale dépasse donc le seul fait divers maritime : elle touche à la permanence d’un rapport de force asymétrique entre une superpuissance et une île soumise à un régime de sanctions prolongé. Cuba, malgré ses fragilités économiques, a maintenu une posture de souveraineté stricte face aux pressions extérieures. Les États-Unis, de leur côté, n’ont jamais renoncé à considérer l’île comme un enjeu stratégique régional.

L’épisode du 25 février rappelle que, dans les Caraïbes, la géopolitique n’a jamais totalement quitté les eaux territoriales. Derrière l’embarcation interceptée, c’est une mémoire conflictuelle de six décennies qui refait surface, avec ses zones d’ombre, ses opérations révélées a posteriori et une défiance mutuelle profondément enracinée.

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