« La vie n’est pas dans le temps, mais dans l’usage ». Cette phrase de Missak Manouchian traverse les décennies comme une lame de lumière. Elle ne console pas, elle oblige. Elle rappelle que vivre ne consiste pas à durer mais à choisir, à agir, à répondre à l’injustice. Le 21 février 1944, au Mont-Valérien, Manouchian et vingt-deux de ses camarades des FTP-MOI tombèrent sous les balles nazies. Ils étaient pour la plupart étrangers, et pourtant si profondément français par l’engagement, par le sacrifice, par la fidélité à l’idée même de la France.

Étrangers et frères d’armes
Né arménien, rescapé du génocide, ouvrier, syndicaliste, autodidacte, Manouchian avait fait de la poésie une patrie et de la Résistance un destin. Autour de lui, des Juifs échappés aux pogroms, des Espagnols chassés par le franquisme, des Polonais, des Hongrois, des Roumains, des Italiens, des Français aussi. Certains n’avaient pas vingt ans. Beaucoup étaient ouvriers, presque tous communistes. Ils avaient déjà fui la persécution et la mort. Ils choisirent encore le risque, mais cette fois pour libérer une terre qui n’était pas celle de leur naissance et qui devint celle de leur honneur.
Il faut redire ce que fut cette fraternité. Non pas une abstraction lyrique, mais une solidarité concrète, forgée dans la clandestinité, dans la peur, dans la certitude de l’arrestation possible. La Main-d’œuvre immigrée ne fut pas un détail sociologique. Elle fut une avant-garde de courage. À ceux qui les désignaient comme indésirables, Manouchian répondit avec une dignité sèche. Vous avez hérité la nationalité française, nous l’avons méritée. Cette phrase n’accuse pas, elle élève. Elle définit une citoyenneté d’adhésion et de sang versé, une appartenance qui se gagne par l’acte
Read the full article
Sur Fréquence Populaire, il n’y a pas de mur payant (paywall) : tous nos articles sont accessibles gratuitement.
Nous vous demandons simplement de créer un compte gratuit avec votre adresse e-mail.
Cela nous permet de :
– vous prévenir de nos nouvelles enquêtes, émissions et articles,
– éviter la publicité et tout pistage intrusif,
– mieux comprendre combien de personnes nous lisent réellement.
Contribuer financièrement est facultatif : vous pouvez lire l’article sans payer. Mais si vous le pouvez, votre soutien nous aide à faire vivre un média libre et indépendant.
Créer un compte gratuit