« Quand on ne peut revenir en arrière, on ne doit se préoccuper que de la meilleure façon d'aller de l'avant. » – Paulo Coelho, L'Alchimiste.
92 %. C’est la part impressionnante des suffrages qui se sont portés, dimanche 4 octobre, sur les deux principaux candidats à la présidence du Brésil : 47,03 % pour Flávio Bolsonaro, 45,16 % pour le président sortant Luiz Inácio Lula da Silva. Plus de 110 millions de Brésiliens ont ainsi choisi l’un ou l’autre, ne laissant que des miettes aux treize autres candidats. Le troisième, Augusto Cury, n’obtient que 2,89 %. La polarisation de la vie politique brésilienne est désormais presque totale.
Elle est surtout lourde de conséquences. Car ce premier tour ne consacre pas seulement le duel entre deux candidats. Il oppose deux conceptions du Brésil, de son modèle social, de ses institutions et de sa place dans le monde. La première surprise est de taille, car contrairement à ce qu’annonçaient encore la plupart des sondages quelques jours avant le vote, c’est Flávio Bolsonaro qui arrive en tête, avec 56,1 millions de voix, 2,2 millions de plus que Lula.
Le second tour, qui se tiendra le 25 octobre, s’annonce donc extraordinairement serré.
Une remontada spectaculaire qui a pris les sondages de vitesse
Il faut mesurer le chemin parcouru par Flávio Bolsonaro. Début septembre, Datafolha donnait encore Lula à 38 % contre 33 % pour son adversaire. Mi-septembre, l’écart se resserrait à 39 contre 35 ; deux semaines avant le scrutin, il n’était plus que de trois points. Mais le 28 septembre encore, Lula était annoncé à 40 % et Bolsonaro à 36 %, l’inversion finale, 47,03 % contre 45,16 %, est donc considérable.
Une partie s’explique par un phénomène classique de vote utile. À mesure que l’élection approchait, les candidatures de droite alternatives se sont effondrées et l’électorat conservateur s’est regroupé derrière le seul candidat susceptible de battre Lula, mais cela ne suffit pas à expliquer l’ampleur du phénomène. Flávio Bolsonaro a également bénéficié d’une usure du pouvoir que Lula, revenu à la présidence en 2023, ne peut plus esquiver.
Le paradoxe est que son bilan est loin d’être désastreux. Le chômage tourne autour de 6 %, la pauvreté a reculé, le Brésil est sorti de la carte de la faim établie par la FAO et le pays a renoué avec une croissance honorable. Sur le front environnemental, la rupture avec les années Bolsonaro est spectaculaire ; la déforestation amazonienne a fortement diminué. Même les homicides sont orientés à la baisse.
Mais une élection ne se gagne pas avec une addition d’indicateurs macroéconomiques. Le coût de la vie, l’endettement des ménages, le sentiment d’insécurité et l’usure d’un système politique comptent davantage dans l’isoloir. À 80 ans, après avoir dominé la gauche brésilienne pendant plus de trois décennies, Lula est devenu pour une partie de l’électorat non plus l’homme du changement mais celui du pouvoir. Flávio Bolsonaro, malgré le poids écrasant de son nom, a réussi à retourner ce rapport et à se présenter comme le candidat de l’alternance, même s'il y a quelque chose d’étrange à voir l’héritier d’une dynastie politique incarner le renouvellement. Car le candidat Bolsonaro est bien le fils de Jair Bolsonaro, ancien président déclaré inéligible puis condamné pour la tentative de renversement de l’ordre constitutionnel consécutive à sa défaite de 2022. L’une des forces de Lula au second tour sera précisément de rappeler que derrière le visage nouveau demeure un projet politique dont les Brésiliens ont déjà fait l’expérience et avaient globalement pâti.
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