En Albanie, la révolte étudiante embrase Tirana. Bientôt la chute d’Edi Rama ?

Au troisième jour d’affrontements à Tirana, la contestation partie d’un projet touristique lié au clan Trump a basculé avec l’entrée des étudiants et des lycéens. Le Parlement a suspendu ses travaux, tandis que des bâtiments ministériels ont été attaqués et incendiés.

En Albanie, la révolte étudiante embrase Tirana. Bientôt la  chute d’Edi Rama ?
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On critique le mouvement de jeunesse en France et les violences (largement montées en épingle), mais en Albanie, le mouvement de jeunesse qui a rejoint la contestation générale pour la défense, légitime de l'intérêt général, s'attaque aux instances de pouvoir. Un exemle qui sera suivi en France ?

L’Albanie a basculé, ce eudi 15 octobre, dans son troisième jour d’affrontements à Tirana entre forces de l’ordre et manifestants, au terme de 138 jours de mobilisations quotidiennes jusque-là présentées comme pacifiques. Des milliers de protestataires, étudiants en tête, ont marché dans le centre de la capitale en réclamant la démission du premier ministre Edi Rama. Le Parlement, assiégé par les manifestants, a suspendu ses travaux. Le ministère de l’éducation a été pris pour cible et le ministère de la justice a été incendié sur un étage après des vitres brisées. D’autres villes du pays sont elles aussi gagnées par le soulèvement.

Le mouvement avait commencé le 31 mai autour d’un rejet du projet de complexe hôtelier de luxe porté en Albanie par des intérêts liés à Jared Kushner, gendre de Donald Trump, et à Ivanka Trump, sur des espaces naturels protégés de Zvërnec et de l’île de Sazan, sur la côte sud. Selon les informations déjà publiées ces derniers mois, Edi Rama a soutenu ce projet touristique malgré de vives contestations écologistes et politiques. Le Parlement albanais a modifié la législation sur les zones protégées pour permettre des constructions hôtelières haut de gamme, ce qui a nourri l’accusation d’un pouvoir prêt à livrer des biens naturels communs à des intérêts privés étrangers.

Pendant plus de quatre mois, les rassemblements du soir ont exigé la démission d’Edi Rama, dénoncé la corruption et demandé des élections anticipées. La contestation, connue sous le nom de « révolution des flamants roses », avait gardé un cadre essentiellement pacifique. Le pouvoir a défendu, lui, un investissement présenté comme conforme aux standards environnementaux européens et a renvoyé la décision finale à une évaluation d’impact. Mais la crise a changé de nature avec l’entrée en scène d’une petite manifestation étudiante réclamant de meilleures conditions d’études.

La répression de ce rassemblement a servi de détonateur. En quarante-huit heures, le noyau étudiant a entraîné une mobilisation plus large, puis l’arrivée de lycéens dans les cortèges. À Tirana, des jeunes ont lancé des projectiles et des feux d’artifice contre les cordons policiers et des bâtiments publics ; la police a répondu par des gaz lacrymogènes et des canons à eau. Les mots d’ordre se sont élargis : dénonciation des violences policières, exigence du départ du premier ministre, du gouvernement et d’un système politique jugé discrédité.

L’Union européenne a appelé les autorités albanaises à une réponse proportionnée face à l’escalade des violences. Cette séquence révèle un point de rupture politique : un mouvement né contre la privatisation de zones protégées au profit d’un tourisme de luxe adossé à la finance et aux réseaux du trumpisme agrège désormais colère sociale, défiance démocratique et rejet d’un exécutif accusé d’avoir confondu intérêt général et transactions de sommet.

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