La décision d’Orange de céder sa filiale Globecast place l’exécutif face à un dilemme stratégique. Spécialisée dans la transmission de flux audiovisuels, l’entreprise exploite un téléport à Sainte-Assise, en Seine-et-Marne, à proximité immédiate d’installations classifiées de la Marine nationale. Sur ce même site, le centre de transmission de la Marine (CTM) assure des communications avec les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, maillon central de la dissuasion française.
Si les équipements militaires ne sont pas opérés par Globecast, la perspective d’un changement d’actionnariat alimente des inquiétudes au sein des armées. Selon plusieurs sources concordantes, l’hypothèse d’un rachat par un fonds d’investissement, potentiellement étranger, est scrutée avec attention. Deux candidats ont été cités dans la presse spécialisée : le fonds français Verdoso et le groupe Dubag, propriétaire d’Eurovision Services.
Globecast emploie environ 220 salariés en France et a réalisé un chiffre d’affaires consolidé d’environ 216 millions d’euros. La baisse structurelle des activités historiques de diffusion satellitaire a toutefois creusé son déficit. Dans ce contexte, la directrice générale d’Orange, Christel Heydemann, a engagé un recentrage stratégique du groupe, qui passe par la cession d’actifs jugés non prioritaires.
Ce choix intervient alors que la doctrine française en matière de téléports est réputée stricte. Ces infrastructures terrestres de communication satellitaire sont considérées comme sensibles en raison de leur usage dual, civil et militaire. Le ministère de l’Économie est récemment intervenu dans le dossier Eutelsat pour empêcher la vente de certaines antennes à un fonds étranger, au nom des intérêts stratégiques nationaux.
La situation de Globecast pose ainsi la question du contrôle d’actifs techniques situés au cœur d’un dispositif militaire. Ce choix traduit une tension persistante entre logique de restructuration financière et impératif de souveraineté. Il est permis de s’interroger sur la cohérence d’une politique industrielle qui externalise des infrastructures critiques tout en affirmant vouloir renforcer l’autonomie stratégique du pays.
Sources
- La Lettre A — https://www.lalettre.fr/fr/entreprises_defense-et-aeronautique/2026/02/16/orange-s-attire-l-ire-des-armees-avec-son-projet-de-cession-de-globecast,110628607-art