Cet article est le premier de deux articles rédigés en hommage à George Orwell. Le second, entièrement dédié à l'analyse de la notion de common decency (décence ordinaire), centrale dans la pensée d'Orwell, est accessible ici-même.
« Ce qui me pousse au travail, c’est toujours le sentiment d’une injustice et l’idée qu’il faut prendre parti. »
George Orwell, Pourquoi j’écris, 1946
Au mois d’août 1947, au large de l’île de Jura, dans les Hébrides écossaises, George Orwell est à bord d’une embarcation de fortune avec sa sœur, son neveu et son fils adoptif de trois ans. Il a voulu leur montrer le fameux maelström de Corryvreckan, un tourbillon légendaire où la mer semble vouloir avaler les bateaux. Mais son canot chavire. Si les quatre naufragés parviennent à s’accrocher aux rames, à nager jusqu’à un îlot de rochers, c’est après des heures d’attente qu’un pêcheur de homards les sauve.
Si l’épisode est frappant, c’est aussi parce qu’il révèle que cet été-là, Orwell s’est volontairement isolé du monde dans une ferme sans électricité ni téléphone, au bout d’une piste impraticable, longue de huit miles, sur l’île de Jura.
C’est là, dans ce dénuement choisi, qu’il écrit ce qui sera son dernier et plus célèbre ouvrage. Il tape lui-même son manuscrit, crache du sang entre deux pages, refuse l’hôpital et refuse de se ménager. C’est malade de la tuberculose, alors qu’il ne lui reste pas trois ans à vivre, qu’il entreprend 1984. Toute sa vie, il s’obstinera à vivre « au bord du gouffre », à éprouver les choses dans sa chair (la misère, la guerre, le travail abrutissant) plutôt qu’à les observer depuis un bureau chauffé. C’est par l’expérience qu’Orwell aborde le monde, c’est par elle qu’il le comprend et c’est par elle qu’on rend sans doute le mieux compte de sa vie et de son engagement.
Le sale boulot de l’Empire
Eric Blair naît en 1903 aux Indes britanniques, dans une famille de la petite bourgeoisie coloniale. Son père est fonctionnaire au département de l’Opium (un poste obscur dans l’immense machine administrative de l’Empire). Sa mère, d’origine française, élève les enfants en Angleterre pendant que le père poursuit sa carrière dans les colonies. Le jeune Eric grandit donc dans cette atmosphère particulière des familles de l’Inde, ces familles pas assez riches pour être vraiment de la haute, mais imprégnées de la certitude tranquille que l’homme blanc a vocation à diriger le monde.
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