« Le Travail, fil du Besoin et père de la Santé et du Contentement, habitait, avec ses deux enfants, une petite maison champêtre, sur le penchant d’une colline, bien loin de la ville. Ils ne voyaient point les gens en pouvoir, et ne visitaient que les villageois aux environs. Ayant eu envie de parcourir le monde, ils abandonnèrent leurs amis, leur asile et partirent. Le Travail fit gaiment son chemin, ayant à côté de lui la Santé sa fille qui le réjouissait par ses chansons, tandis que le Contentement, le sourire à la bouche, soutenait de l’autre côté les pas de son père. Ils voyagèrent ainsi à travers les campagnes et les villes et arrivèrent enfin dans la capitale. Aussitôt qu’ils y furent entrés, le père conjura ses enfants de ne jamais le perdre de vue ; car les Dieux, leur dit-il, ont attaché à notre séparation la perte de tous les trois. La Santé était trop vive pour suivre bien longtemps les conseils du Travail : elle se laissa entraîner aux conseils de l’intempérance, et mourut en accouchant de la Maladie. Le Contentement, pendant l’absence de sa sœur, s’était abandonné à la Paresse : on en eut plus de nouvelles ; et le Travail, qui ne pouvait goûter aucun soulagement sans ses enfants, se mit à les chercher ; mais il fut enfin saisi par la fatigue et mourut de misère. »
Jean-Baptiste Say, « Le Travail, fils du Besoin et père de la Santé et du Contentement », La Décade philosophique, littéraire et politique, 1795
Sous le signe de l’arrêt maladie
Le 1er septembre 2026 entraient en vigueur de nouvelles règles encadrant les arrêts maladie. Désormais, tout prescripteur doit systématiquement renseigner le motif médical justifiant l’interruption de travail et la durée d’une première prescription est limitée à 31 jours tandis que celle d’une prolongation est limitée à 62 jours, sauf justification médicale particulière. Ces dispositions prolongent une politique engagée depuis plusieurs années, faite de sécurisation des formulaires, d’encadrement de la téléconsultation, de contrôle accru des prescripteurs et de lutte contre les arrêts frauduleux.
Le 22 septembre, le président du Medef, Patrick Martin, proposait d’aller plus loin encore en laissant certains arrêts de courte durée sans indemnisation ni par l’Assurance maladie ni par les complémentaires. Il expliquait sur France 2 qu’au-delà de la progression générale des dépenses, le nombre de petits arrêts augmentait d’une manière « parfois suspecte ». Deux jours plus tard, le groupe de protection sociale APICIL publiait la cinquième édition de son Observatoire des arrêts de travail (Groupe APICIL, Observatoire des arrêts de travail 2026, données 2025, septembre 2026). Dans son échantillon de plus d’un million de salariés du privé, le taux d’absentéisme atteignait 4,68% en 2025, contre 4,41% un an auparavant, dépassant le précédent sommet enregistré en 2022 (4,61%).
Le rapprochement des deux informations pourrait sembler conforter l’idée qu’avec des salariés qui s’absentent davantageet des dépenses qui augmentent, il faudrait rendre l’arrêt plus difficile ou plus coûteux afin de freiner les comportements opportunistes. Le gouvernement lui-même estime que la dynamique des indemnités journalières n’est pas soutenable et souligne que 9,1 millions d’arrêts ont été indemnisés en 2024, 10% de plus qu’en 2019, et que les indemnités journalières ont représenté 17,9 milliards d’euros en 2025, soit 7 milliards de plus qu’en 2016. Il serait absurde de nier que ces sommes constituent un problème de financement, comme il serait absurde de nier l’existence de fraudes ou d’arrêts injustifiés. Mais encore faut-il savoir précisément ce que l’on mesure avant de décider ce que l’on veut corriger.
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