Au Mans, il ne reste plus que le souvenir. Là où ronronnaient les chaînes de production de cartouches 5,56 mm, où l'acier rencontrait la poudre dans un ballet industriel centenaire, il n'y a plus aujourd'hui que le silence d'un site fermé. Un silence qui en dit long sur les renoncements français en matière de défense. Car depuis juillet 1999, quand Lionel Jospin donna le coup de grâce à l'établissement GIAT Industries du Mans (Ouest-France, 29 juin 1999), la France ne produit plus une seule munition de petit calibre sur son sol. Pas une cartouche pour nos FAMAS d'hier ou nos HK416 d'aujourd'hui, pas une balle de 9 mm pour les SIG et les Glock de nos policiers. Rien. Nada. Le pays qui exportait naguère ses canons et ses mousquets dans le monde entier achète désormais ses munitions à l'Allemagne, aux États-Unis, aux Émirats et même en Israël (Rapport d'information n° 3361, Assemblée nationale, 2015).
Cette histoire mérite d'être racontée, non comme une fatalité industrielle de plus, mais comme un cas d'école : celui d'une décision politique dont les conséquences n'ont cessé de se rappeler à notre bon souvenir, des dysfonctionnements du FAMAS aux pénuries de stocks révélées par la guerre en Ukraine. Une décision prise au nom de l'efficacité économique, qui a fini par coûter plus cher qu'elle ne devait rapporter, tant en euros sonnants et trébuchants qu'en autonomie stratégique. Retour sur un fiasco français, avec ses petits calculs, ses grandes illusions et ses revirements tardifs.
1999 : l'année où la France s'est désarmée sans le savoir
Le contexte, il faut le rappeler, n'était guère favorable aux arsenaux tricolores. La fin de la Guerre froide avait sonné le glas des grands contrats militaires. L'heure était aux "dividendes de la paix" décrit par Laurent Fabius, ce moment béni où les Occidentaux crurent pouvoir démanteler leur appareil de défense sans conséquences. GIAT Industries, l'héritier des manufactures d'État, accusait des pertes abyssales : plus de 15 milliards de francs cumulés depuis 1991. L'entreprise, qui employait 18 000 personnes au début des années 1980, en comptait encore 10 500 en 1998. Un effectif jugé pléthorique par Bercy, qui voyait dans ces arsenaux des gouffres financiers d'un autre âge.
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