L’Iran dispose de capacités militaires et industrielles susceptibles de perturber durablement le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, l’un des principaux points de passage du commerce énergétique mondial. Selon plusieurs analyses, l’utilisation combinée de drones produits en grande quantité et de mines marines pourrait entraver la navigation commerciale pendant plusieurs mois.
Environ 20 % du pétrole et du gaz consommés dans le monde transitent par ce passage stratégique reliant le Golfe persique à l’océan Indien. Près d’un tiers du commerce international d’engrais azotés emprunte également cette route maritime, ce qui expose directement les marchés agricoles mondiaux à d’éventuelles perturbations. Dans un contexte où la Russie demeure l’un des principaux producteurs d’engrais, un blocage prolongé pourrait peser sur l’approvisionnement de l’Europe.
L’Iran dispose d’un réseau de sites industriels dédiés à la production de drones répartis sur son territoire. Selon le Centre for Information Resilience, sa capacité industrielle serait d’environ 10 000 appareils. « L’Iran ne va pas céder facilement ni rapidement ; il possède les moyens de rendre dangereuse la circulation commerciale dans le détroit d’Ormuz », estime Bob McNally, président du cabinet Rapidan Energy Group. Selon lui, quelques attaques réussies contre des pétroliers pourraient suffire à dissuader les armateurs d’emprunter cette route maritime.
La dernière génération de drones Shahed-136 disposerait d’une portée comprise entre 700 et 1 000 kilomètres. Cette capacité permettrait d’atteindre la plupart des infrastructures énergétiques situées sur la rive sud du Golfe. Ces appareils ont déjà été utilisés lors d’attaques ou de tentatives d’attaque visant notamment les Émirats arabes unis, l’Arabie saoudite, Bahreïn, Oman, le Koweït ou encore le Qatar, illustrant la vulnérabilité des installations énergétiques de la région.
Les marchés de l’énergie commencent à intégrer ce risque dans leurs anticipations. Les cours du pétrole demeurent élevés tandis que les prix du gaz connaissent déjà une hausse sensible. « Je suis très inquiet : ce risque est actuellement sous-évalué sur les marchés pétroliers », indique un dirigeant du groupe de négoce Vitol.
En dernier recours, Téhéran pourrait également recourir à la pose de mines marines. L’Iran disposerait de 5 000 à 6 000 mines, selon l’entreprise d’analyse des risques maritimes Dryad Global. « Si des mines sont posées, il faudra beaucoup de temps pour les neutraliser », explique Cormac McCarry, spécialiste du renseignement maritime chez Control Risks. Selon lui, un tel scénario pourrait entraîner plusieurs mois de perturbations du trafic maritime dans le détroit.