Les opérations militaires récentes contre l’Iran confortent une évolution déjà engagée par l’armée chinoise : l’intégration de frappes à longue portée, de drones et de moyens de renseignement dans une chaîne de ciblage accélérée. Le PHL-16, également désigné PCL-191, est devenu l’un des systèmes les plus visibles de la modernisation de l’artillerie de l’Armée populaire de libération (APL). Monté sur un châssis 8×8 et doté de modules interchangeables, il permet à une même plateforme d’employer plusieurs catégories de roquettes et de missiles tactiques.
Les lanceurs de longue portée et les drones occupent ainsi une place croissante dans les dispositifs permettant de détecter une cible, transmettre ses coordonnées, déclencher une frappe puis déplacer rapidement les unités engagées. Cette évolution s’inscrit dans le développement par l’APL d’opérations davantage intégrées entre ses différentes composantes.
Présenté publiquement lors du défilé militaire chinois de 2019, le PCL-191 peut notamment recevoir dix roquettes de 300 mm ou huit roquettes de 370 mm. Les portées varient fortement selon les munitions : environ 130 kilomètres pour certaines roquettes de 300 mm et jusqu’à 280 kilomètres pour les modèles de 370 mm. Le lanceur peut également employer des missiles tactiques : le Fire Dragon 280A est donné pour environ 290 kilomètres et le Fire Dragon 480 pour une portée annoncée atteignant 500 kilomètres, selon Jane’s.
Cette modularité permet à l’artillerie terrestre chinoise d’intervenir bien au-delà de la ligne de contact. Dans un scénario de conflit, ces capacités peuvent être employées contre des infrastructures militaires, des centres logistiques, des moyens de commandement ou des systèmes de défense situés en profondeur. Leur efficacité dépend notamment de leur intégration aux moyens de reconnaissance, de désignation des objectifs et de commandement.
Les exercices « Justice Mission 2025 », organisés à partir du 29 décembre 2025 autour de Taïwan, ont donné une illustration concrète de cette évolution. L’APL y a engagé des forces terrestres, navales, aériennes et de missiles dans des manœuvres comprenant notamment des frappes conjointes et des scénarios de blocus de zones et de ports stratégiques.
Le 30 décembre, l’armée chinoise a conduit des tirs réels de longue portée depuis la province du Fujian. Selon les informations communiquées par le ministère taïwanais de la Défense et reprises par plusieurs analyses, 27 roquettes ont été tirées en deux séquences : 17 depuis le secteur de Pingtan vers une zone située au nord de Taïwan, puis 10 depuis le secteur de Shishi vers le sud-ouest de l’île. Dix projectiles ont atteint une zone maritime située à l’intérieur de la limite des 24 milles nautiques correspondant à la zone contiguë revendiquée par Taïwan. L’armée chinoise a parallèlement confirmé avoir mené des frappes réelles de longue portée en coordination avec ses composantes navale, aérienne et de missiles.
Au-delà de la portée maximale de certaines munitions, l’intérêt militaire du PCL-191 réside ainsi dans son intégration à un dispositif interarmées. Autour de Taïwan, ces lanceurs donnent à l’APL une capacité supplémentaire de frappe terrestre à distance, susceptible d’être combinée aux missiles, à l’aviation, aux drones et aux forces navales. Les exercices de décembre 2025 illustrent l’intégration de ces capacités aux scénarios opérationnels chinois autour de l’île.
Sources
- Jane’s — https://www.janes.com/defence-intelligence-insights/defence-news/weapons/china-fires-airburst-munitions-from-phl-16-missile-launcher
- Ministère chinois de la Défense — https://eng.mod.gov.cn/2025xb/N/T/16434809.html
- Global Taiwan Institute — https://globaltaiwan.org/2026/01/pla-justice-mission-2025/
- Taiwan Security Monitor / George Mason University — https://tsm.schar.gmu.edu/creeping-closer-timeline-and-analysis-of-the-justice-mission-2025-joint-exercise/