Il y a quinze ans, près des deux tiers des régions françaises affichaient un produit intérieur brut par habitant supérieur à la moyenne de l’Union européenne. Aujourd’hui, la dynamique s’est inversée : une majorité se situe en dessous de cette moyenne, et quatre régions passent désormais sous le seuil de 75 % du PIB moyen de l’UE.
Ce seuil n’est pas anodin. Il constitue un indicateur clé dans la politique de cohésion européenne et conditionne l’accès renforcé aux fonds structurels. Passer en dessous traduit un décrochage structurel, non un simple ralentissement conjoncturel.
Pourtant, selon les données d’Eurostat, les régions françaises conservent en moyenne des atouts comparables, voire supérieurs, à ceux de plusieurs régions parmi les plus riches d’Europe : niveau de productivité du travail, infrastructures, équipements collectifs, compétitivité régionale, capacité d’innovation, qualité de la main-d’œuvre. Le temps de travail et le coût du travail ne suffisent pas à expliquer l’écart.
Ce constat oblige à déplacer le regard. Ce ne sont pas d’abord les travailleurs ni les savoir-faire qui sont en cause. Ce choix traduit plutôt une faiblesse persistante de coordination stratégique entre acteurs publics et privés. L’État, qui a longtemps joué un rôle d’architecte industriel et territorial, semble avoir renoncé à impulser de grands projets structurants et à planifier sur le long terme.
Il est permis de s’interroger sur les conséquences de cette fragmentation : absence de stratégie industrielle cohérente, politiques territoriales dispersées, dépendance accrue aux chaînes de valeur extérieures. Dans un contexte de concurrence internationale accrue et de recomposition géoéconomique, l’abandon d’une vision d’ensemble pèse directement sur la capacité des territoires à converger avec la moyenne européenne.
Le décrochage régional français ne relève pas d’un déficit de potentiel. Il révèle un déficit de pilotage collectif.
Sources
- Eurostat