Le milliardaire émirati Khalaf Ahmad Al Habtoor a publié une lettre ouverte particulièrement sévère adressée à Donald Trump et publié sur le réseau social X, l’interrogeant frontalement : « Qui vous a donné l’autorité d’entraîner notre région dans une guerre contre l’Iran ? » Figure influente du Golfe — entrepreneur majeur et voix politique écoutée aux Émirats Arabes Unis — il met en cause une décision qui aurait été prise sans consultation des alliés régionaux et sans mandat international. Ses propos ne relèvent pas d’une critique isolée, ils se font l’écho d’un sentiment largement partagé dans les sociétés du Golfe, aujourd’hui placées au cœur d’une crise qu’elles n’ont pas choisie et dont elles redoutent les conséquences économiques, sécuritaires et politiques.
Al Habtoor souligne les contradictions de la politique américaine : promesses répétées de ne pas engager de nouvelles guerres, mais opérations militaires conduites dans plusieurs pays et centaines de frappes aériennes à l’étranger. Il rappelle aussi que les initiatives présentées au nom de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient — dont la plateforme « Board of Peace » — ont été financées pour une large part par les États du Golfe eux-mêmes. Pour beaucoup dans la région, la guerre actuelle constitue donc une rupture stratégique majeure. Si l’Iran subit la puissance militaire américaine et voit ses infrastructures militaires et civiles durement touchées, il pourrait paradoxalement l’emporter sur les plans politique et économique, en provoquant une instabilité durable dans la région et en fragilisant les économies du Golfe, dont la prospérité repose précisément sur la stabilité et la sécurité des flux énergétiques.
Dans cette perspective, la décision américaine apparaît comme un tournant lourd de conséquences. Lancée sans mandat de l’ONU et sans véritable concertation avec les partenaires régionaux, elle met en péril l’équilibre sur lequel reposait la relation entre Washington et les monarchies du Golfe, fondée sur un échange implicite : coopération stratégique et sacrifices politiques en échange d’une garantie de sécurité. Si le conflit se prolonge - et la Maison Blanche elle-même évoque désormais une durée possible « jusqu’en septembre », loin de l’idée initiale d’une opération brève - la lettre d’Al Habtoor pourrait n’être que le premier signe public d’un mécontentement appelé à s’exprimer de manière beaucoup plus vive, voire ouvertement hostile, dans les capitales du Golfe.
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