Mise en place le 1er mars 2026, la taxe sur les petits colis importés hors Union européenne devait répondre à un double objectif : freiner l’arrivée massive de produits à bas coût et rééquilibrer la concurrence avec les acteurs français. Quelques semaines après son entrée en vigueur, ses effets apparaissent déjà limités.
Les plateformes chinoises, notamment Shein et Temu, ont rapidement adapté leur organisation logistique. Les flux de marchandises ont été redirigés vers des hubs situés dans d’autres pays européens, en particulier en Belgique. Depuis ces plateformes, les colis sont ensuite acheminés vers la France, sans être soumis à la taxation nationale.
Ce contournement s’appuie sur le fonctionnement du marché unique européen, qui permet la libre circulation des biens une fois entrés sur le territoire de l’Union. Dans ce cadre, une mesure strictement nationale se révèle difficile à appliquer face à des acteurs capables de réorganiser rapidement leurs chaînes d’approvisionnement à l’échelle continentale.
En France, les conséquences sont immédiates pour certains acteurs logistiques. Des entreprises signalent une chute brutale de leur activité, pouvant atteindre jusqu’à 95 %. Des entrepôts tournent au ralenti, et des emplois se trouvent directement menacés par la baisse des volumes traités.
Ce décalage entre l’objectif affiché et les effets observés interroge la portée réelle de la mesure. Il est permis de constater que la taxe, en l’état, affecte principalement l’activité sur le territoire national sans enrayer les flux de marchandises qu’elle visait à réduire.
Preuve supplémentaire des limites structurelles du cadre actuel, une régulation nationale apparaît inopérante dans une Union européenne organisée autour de la libre circulation et d’une mise en concurrence généralisée des économies. Ce choix traduit une vulnérabilité face à des plateformes capables d’exploiter les écarts réglementaires et les logiques d’optimisation permises par cette organisation.
Sans évolution du rapport entre décision nationale et cadre européen, il est permis de s’interroger sur la capacité réelle à mettre en œuvre des politiques économiques répondant aux intérêts matériels du pays.