Il y a deux ans, Donald Trump revenait à la Maison-Blanche sous les acclamations d'une coalition hétéroclite rassemblée autour d'une promesse fondatrice : l'Amérique ne serait plus le gendarme du monde. « America First », deux mots, un programme, un serment. Pas de guerres inutiles, pas d'interventionnisme coûteux, pas de fils de l'Iowa ou du Wisconsin envoyés mourir pour des conflits que personne ne comprend. C'est sur cette promesse que des millions d'électeurs, souvent déçus par vingt ans de guerres en Afghanistan et en Irak, ont remis les clés de la présidence à cet homme.
Le 28 février 2026, à l'aube, des centaines d'appareils américains et israéliens décollaient en direction de Téhéran. L'Operation Epic Fury venait de commencer. En quelques heures, le guide suprême Ali Khamenei était mort, les installations nucléaires de Fordo, Natanz et d'Ispahan étaient en ruines, et l'Iran ripostait par des salves de missiles sur les bases américaines au Qatar, au Koweït, à Bahreïn et en Arabie saoudite. Six soldats américains perdraient la vie dans les premiers jours. La promesse, elle, était déjà morte avant eux.
Pour comprendre la crise politique qui secoue aujourd'hui le trumpisme, il faut revenir au cœur de la contradiction qui habitait le projet MAGA depuis son origine. Donald Trump avait été élu, en 2016 puis en 2024, sur deux slogans qui semblaient complémentaires mais portaient en eux les germes d'une rupture inévitable.
Le premier, « America First », était un slogan isolationniste, hérité d'une tradition américaine profonde qui remonte aux années 1930 : l'idée que les États-Unis doivent se concentrer sur leurs affaires intérieures, éviter les alliances coûteuses et refuser d'engager leurs soldats dans des guerres qui ne concernent pas directement leur sécurité. C'était le Trump de 2016 qui qualifiait la guerre d'Irak de « big, fat mistake », le Trump qui promettait en 2024 que Kamala Harris était entourée de « faucons de la guerre » prêts à envoyer les jeunes Américains au casse-pipe.
Le second, « Make America Great Again », renvoyait à une tout autre logique : celle d'une Amérique impérialiste, dominante, gendarme du monde, capable d'imposer sa volonté au monde, de restructurer les équilibres géopolitiques à son avantage, de parler avec la force des armes quand la diplomatie échoue. C'est le Trump qui parlait de « rendre au monde sa sécurité », d'écraser les « régimes terroristes », de forcer la « reddition inconditionnelle » de l'Iran. Un langage qui n'a plus rien d'isolationniste. Un langage qui sent le néoconservatisme, cette doctrine des Bush père et fils que Trump avait prétendu enterrer.
Ces deux visions ont coexisté dans un équilibre fragile tant que la paix régnait. Epic Fury a fait exploser cet équilibre. Et ce qui s'est révélé depuis le 28 février, c'est que le trumpisme n'était pas une idéologie cohérente : c'était une coalition de colères disparates, tenues ensemble par le charisme d'un homme, et désormais confrontée à ses propres contradictions internes.
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