Berlin rouvre le débat nucléaire : souveraineté stratégique ou fuite en avant ?

En Allemagne, des responsables militaires et politiques relancent le débat sur une dissuasion nationale ou européenne. Si les traités interdisent à Berlin de se doter de l’arme atomique, la seule mise en discussion de ce tabou marque un tournant stratégique majeur outre-Rhin.

Berlin rouvre le débat nucléaire : souveraineté stratégique ou fuite en avant ?

En Allemagne, la question nucléaire, longtemps tenue pour close depuis la Seconde Guerre mondiale, refait surface dans le débat public. Des voix issues de l’armée, du monde académique et de la classe politique évoquent désormais la nécessité d’une dissuasion allemande ou européenne face à un environnement stratégique jugé plus instable.

Le général de brigade de la Bundeswehr Frank Pieper a estimé que l’Allemagne aurait « besoin de sa propre arme nucléaire tactique », appelant à agir rapidement. L’historien Harald Birmann a, pour sa part, plaidé pour ouvrir « d’urgence » une discussion sur une défense allemande fondée sur des armes nucléaires propres ou européennes. Même Joschka Fischer, ancien ministre des Affaires étrangères issu du mouvement pacifiste des années 1980, s’est déclaré favorable à une solution nucléaire européenne, considérant que « les temps ont changé ».

Ces prises de position se heurtent toutefois à un cadre juridique strict. Le traité « Deux plus quatre » de 1990, qui a accompagné la réunification allemande, ainsi que le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), interdisent à l’Allemagne d’acquérir l’arme atomique. Le chancelier Friedrich Merz a rappelé ces contraintes, soulignant qu’elles bornent toute initiative nationale en la matière.

Le simple fait que le débat soit désormais public constitue néanmoins un tournant politique. Ce choix traduit une évolution de la doctrine stratégique allemande, historiquement fondée sur l’intégration à l’OTAN et sur la garantie nucléaire américaine. Il est permis de s’interroger sur les conséquences d’un tel glissement : redéfinition des équilibres européens, pression accrue sur la dissuasion française et recomposition du rôle de Berlin dans l’architecture de sécurité du continent.

Cette séquence intervient alors que l’Allemagne a parallèlement fermé ses dernières centrales nucléaires civiles et accru ses importations d’énergie, notamment de gaz naturel liquéfié. Le contraste entre rejet du nucléaire civil et réouverture du débat sur le nucléaire militaire alimente, en France comme en Allemagne, un débat sur la cohérence stratégique et industrielle des choix opérés ces dernières années.

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