« Qui se laisse guider par son seul profit s’attire haine et rancune. » – Confucius
Bouleversement des logiques de la mondialisation
La décision de Pékin marque une rupture symbolique et stratégique dans le paysage commercial mondial. À compter du 1er mai 2026, la Chine supprimera les droits de douane sur les importations en provenance de 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec elle, excluant l’Eswatini en raison de sa reconnaissance de Taïwan. Annoncée puis réaffirmée par Xi Jinping le 14 février 2026, la mesure élargit un dispositif initié fin 2024 pour un groupe plus restreint de pays parmi les moins avancés. Derrière ce geste tarifaire, c’est une vision du développement et des rapports Nord-Sud qui s’affirme, en contraste marqué avec les orientations occidentales récentes.
Dans un contexte international dominé par la multiplication des sanctions économiques – outil principal de régulation des relations internationales par l'Occident depuis 1991 et... totalement hors du droit international –, des barrières douanières et des politiques protectionnistes, notamment aux États-Unis, ou de libre-échange quand seul l'Occident en profite (comme les accords de partenariat économique Afrique-pacifique-Caraïbe de l'Union européenne), Pékin choisit d’afficher une ouverture commerciale unilatérale en direction du continent africain. Là où Washington et Bruxelles renforcent des dispositifs restrictifs au nom de la sécurité économique ou des rivalités technologiques, la Chine met en scène une logique inverse en facilitant l’accès de produits africains à son immense marché intérieur sans exiger de réciprocité immédiate.
Ce contraste nourrit un discours politique soigneusement construit. Pékin se présente comme un partenaire du « Sud global », promoteur d’un libre-échange qualifié d’inclusif et mutuellement bénéfique. Cette posture trouve un écho favorable dans plusieurs capitales africaines, lassées de décennies de conditionnalités financières, de programmes d’ajustement structurel et d’une insertion dans l’économie mondiale souvent cantonnée à l’exportation de matières premières.
Sortir du piège des matières premières
Depuis les années 1980, nombre d’économies africaines ont évolué dans un schéma classique : exportation de ressources brutes, importation de biens manufacturés, dépendance aux financements extérieurs et aux restructurations de dette pilotées par le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale. Ce modèle, régulièrement dénoncé comme une forme de néocolonialisme économique, a souvent contribué à la fragilité industrielle locale, et même la fragilisation des agriculteurs locaux incapables de rivaliser avec l'agrobusiness occidental, à l’émergence d’élites rentières locales prédatrices et corrompues et à une croissance insuffisamment transformatrice.
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