« Si quelqu'un t'a offensé, ne cherche pas à te venger. Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt tu verras passer son cadavre. » – Lao-Tseu.
Ce texte fait suite au premier volet d'analyses des conséquences économiques de la guerre en Iran publié sur Fréquence Populaire le 9 mars 2026.
La guerre que les États-Unis et Israël ont déclaré à l’Iran et qui s’est élargi désormais aux pays du Golfe Arabo-Persique ne bouleverse pas que le commerce des hydrocarbures : elle perturbe aussi le commerce des engrais et de l’aluminium. Le blocage du Détroit d’Ormuz, que ce soit par des voies militaires ou par la destruction d’infrastructures clefs, renforce cette situation. Ce nouveau contexte conduit à renforcer en conséquence le poids de la Russie, dont les capacités de production tant pour les produits chimiques nécessaires à l’agriculture que dans la production de l’aluminium sont très importantes.
Cette guerre, qui vient à la suite du « pivot asiatique » que la Russie a réalisé dans le domaine des hydrocarbures à la suite des sanctions occidentales mais aussi de son propre chef, suivant en cela les préconisations de la « Stratégie Énergétique à l’horizon de 2030 », texte qui fut publié en 2010, souligne le rôle important, voire central, que joue ce pays dans le commerce mondial.
Cette note continue le travail entrepris dans la note du 9 mars dernier.
0. L’évolution du conflit et les hypothèses de base
Dans ce travail précédent nous avions identifié trois scénarios pour la guerre alors en cours. De ces trois scénarios, nous ne conservons que le (II), soit un conflit d’une durée probable de deux mois et le (III), un conflit allant jusqu’à la fin de l’été.
Cependant, la violence du conflit devrait connaitre son maximum d’ici la fin mars. Les frappes américaines et israéliennes continuent d’être importantes mais, en réponse, l’Iran a augmenté le nombre de missiles et de drones tirés depuis le 17 mars. La précision des vecteurs semble avoir nettement augmenté. En rétorsion à de nouveaux assassinats ciblés et aux attaques israéliennes ( ?) sur ses champs gaziers, l’Iran frappe désormais les installations pétrolières et gazières des pays du Golfe, et en a mis plusieurs (celles du Qatar, de Koweït, de Bahreïn et en partie celles des Emirats Arabes Unis et d’Oman) hors d’état de fonctionner.
Le démenti publié par le Président Donald Trump le 18 mars au soir, selon lequel les États-Unis n’auraient rien à voir dans le bombardement du champ gazier de South Pars est à prendre avec une grande prudence. Il est peu probable qu’un raid israélien de l’ampleur de celui qui a frappé les installations pétrolières iraniennes ait pu être fait hors connaissance de l’État-Major américaine et, surtout sans l’appui des avions ravitailleurs et de contre-mesures électroniques américains. Le fait qu’il ait été publié sur le réseau social de D. Trump (Truth Social) et non par des voies officielles incite à une très grande prudence.
Dès lors, même dans un scénario « moyen-court » le degré de destruction implique que, même avec un Détroit d’Ormuz réouvert, les exportations ne passeraient pas avant un délai minimum de trois mois, du fait des destructions.
De plus, l’Iran affirme exercer un contrôle sur le Détroit qui s’accompagne d’un blocus sélectif (les navires chinois ainsi que ceux ayant payé leur cargaison en Yuan peuvent passer…). La marine américaine semble incapable de prendre le contrôle du Détroit d’Ormuz dans l’immédiat et, si elle semble bien planifier une opération en ce sens, cela imposerait des forces supplémentaires considérables. Une telle opération, dont il convient de souligner les risques tant militaires que politiques, ne pourrait guère avoir lieu avant au moins la mi-avril, et plus probablement la mi-mai.
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