La contestation contre le prix du carburant désorganise une partie de l’Italie et frappe désormais l’approvisionnement quotidien. Dans le sud, des barrages de camionneurs empêchent des livraisons d’atteindre les supermarchés, au point de provoquer des ruptures sur des produits frais. Le mouvement, parti des zones méridionales, ne se limite plus au seul secteur du transport, il s’étend à d’autres maillons de la chaîne logistique et à une partie du monde agricole.
Les effets les plus visibles concernent l’alimentation et la circulation. Le groupe ANCD-Conad, qui représente des détaillants opérant sous l’enseigne Conad, indique que d’importants volumes de denrées périssables restent bloqués dans des camions et des entrepôts, notamment des fruits, des légumes, du lait et de la viande. Son président, Maurizio Pelliconi, estime que le droit de manifester ne peut pas se traduire par une atteinte à l’accès des citoyens aux produits frais ni par une destruction de la valeur produite par les filières agroalimentaires italiennes.
Le trafic routier est lui aussi fortement touché. Des files se sont formées sur l’autoroute A1 près de Naples après des restrictions d’accès imposées par des transporteurs. En Émilie-Romagne, des camions et des tracteurs ont convergé vers la place centrale de Ravenne, signe d’un élargissement de la mobilisation au-delà des axes routiers du Mezzogiorno. La jonction entre colère des routiers et colère des agriculteurs dessine une même fracture : celle d’activités indispensables, étranglées par les coûts de l’énergie et sommées d’absorber seules des hausses qu’elles ne maîtrisent pas.
La crise atteint aussi le transport aérien régional. En Calabre, deux aéroports, à Crotone et Reggio de Calabre, ne reçoivent plus leurs livraisons de carburant aviation du fait des blocages logistiques. Les perturbations montrent qu’une protestation née sur le prix du diesel déborde rapidement sur l’ensemble de l’économie réelle. Quand le carburant n’entre plus, ce sont les rayons, les routes et les pistes qui se vident à leur tour.
Face à la montée de la pression, le vice-Premier ministre Matteo Salvini a déclaré que le gouvernement était prêt à envisager un plafonnement du prix du diesel pour soulager les transporteurs. L’Italie a par ailleurs prévu environ 1 milliard d’euros d’aides cette année pour aider les camionneurs à absorber la flambée du carburant et à remplacer les véhicules les plus anciens par des modèles moins polluants. Cette réponse mêle soutien d’urgence et modernisation du parc, mais elle bute sur une réalité sociale immédiate : pour les professions qui roulent, le coût quotidien du plein prime sur les promesses d’adaptation à moyen terme.
Giorgia Meloni avait déjà réduit la fiscalité sur les carburants, sans parvenir à contenir durablement les prix. Son gouvernement affronte ainsi une contestation qui se superpose à d’autres désordres survenus le week-end dernier dans des villes du nord, notamment à Milan. Ce télescopage des crises dit quelque chose d’un pays travaillé à la fois par l’inflation énergétique, la fragilité logistique et l’usure sociale. Il est permis de s’interroger sur la portée réelle de mesures publiques qui amortissent à la marge, quand les secteurs populaires supportent de plein fouet la hausse du diesel, la dépendance aux importations et une organisation des échanges qui laisse peu de prise aux besoins du territoire.
Sources :
- « Protesta camionisti per caro carburante su A1 e A30, disagi anche in Calabria - Notizie - Ansa.it » — ansa.it
- « Crotone and Reggio Calabria airports out of fuel as trucker protests continue - General News - Ansa.it » — ansa.it
- « Protesta degli autotrasportatori: gli aeroporti di Crotone e Reggio Calabria senza carburante, sull'A1 chiuso il nodo con A30 Caserta-Salerno - Notizie - Ansa.it » — ansa.it
- « Blocchi dei TIR, linea dura del governo. Oggi un nuovo decreto, denunce e scorte ai trasporti » — rainews.it
- « Caro carburanti, scaffali vuoti e tir fermi: l’Italia dei rifornimenti a rischio » — rainews.it