Le gouvernement a annoncé le 16 juin que la Direction générale de la sécurité intérieure remplacerait les outils de Palantir par ceux de l’entreprise française ChapsVision pour le traitement de ses données. Sébastien Lecornu a présenté ce choix comme une réponse à une dépendance jugée incompatible avec la continuité d’un service régalien. Le basculement s’inscrit dans une séquence plus large de relocalisation d’outils numériques sensibles au sein de l’État.
Le recours à Palantir remontait à décembre 2016, dans le sillage des attentats de 2015. La France avait alors été le premier pays hors des États-Unis à doter son renseignement intérieur du logiciel Gotham. Ce contrat devait être provisoire, le temps de faire émerger une solution française ou européenne. Il a pourtant été reconduit en 2019, 2022 puis fin 2025, faute d’alternative immédiatement opérationnelle.
Le remplacement ne s’est pas décidé en quelques semaines. Un appel d’offres a été lancé fin 2021 pour construire une solution souveraine. ChapsVision et Blueway ont été retenus dans la phase finale, tandis que la coentreprise Athea, portée par Atos et Thales, a été écartée. ChapsVision a remporté fin 2024 un premier lot sur la préparation des données, mais le traitement restait alors assuré par Palantir, la solution française n’étant pas encore jugée assez fiable sur l’ensemble du périmètre.
Le choix annoncé marque donc un infléchissement politique autant qu’industriel. Dix ans après avoir confié une brique critique du renseignement à un groupe américain né dans l’orbite de la CIA, l’exécutif acte qu’une dépendance durable aux grands fournisseurs extérieurs affaiblit la maîtrise publique des infrastructures les plus sensibles. Dans une ligne plus offensive sur la souveraineté technologique, le gouvernement a aussi annoncé un effort de 655 millions d’euros dans l’intelligence artificielle et la mise en place d’outils communs pour les services de l’État.
Cette réorientation ne règle pas tout. Le calendrier de sortie reste délicat et Palantir a affirmé, après l’annonce, que son contrat de long terme renouvelé fin 2025 demeurait en vigueur. Le bras de fer ne retire rien au fond du dossier : pour un État qui revendique son autonomie stratégique, reprendre la main sur les outils qui trient, croisent et exploitent les données du renseignement relève moins d’un slogan que d’une exigence de souveraineté.
Sources :
- « France to ditch AI data tools from Palantir for domestic provider » — theguardian.com
- « France: La DGSI délaisse Palantir au profit d'une solution souveraine déclare Lecornu » — zonebourse.com
- « L’Assemblée passe au crible l’usage d’outils numériques étrangers par les services de l’État » — latribune.fr