Depuis les chocs pétroliers des années 1970, la France a compris que la dépendance énergétique n'était pas seulement un problème économique, mais un risque politique. Le plan Messmer, lancé en 1974, a permis au pays de développer rapidement le nucléaire pour reprendre le contrôle de son électricité. Ce choix, poursuivi pendant des décennies, explique encore la situation particulière de la France en Europe. Mais on parle moins du fait que cette logique de souveraineté n'a été appliquée qu'en partie. Pendant que la France assurait son indépendance électrique, elle laissait de côté un autre enjeu crucial : les carburants. Cinquante ans plus tard, le pays est relativement protégé pour l'électricité, mais reste très dépendant des hydrocarbures pour ses voitures, ses camions, sa logistique, son agriculture et sa vie quotidienne.
C'est ce choix laissé de côté qui nous rattrape. La guerre autour de l'Iran, en mars 2026, montre que le pétrole demeure un enjeu géopolitique majeur. Le détroit d'Ormuz, par où transite environ un cinquième du pétrole et du gaz mondial, a été fortement perturbé. L'OPEP a vu sa production baisser, les marchés ont réagi immédiatement, et les prévisions pour le Brent en 2026 se sont envolées. Cinquante ans après les chocs pétroliers, la France et l'Europe restent vulnérables à une crise régionale qu'elles ne contrôlent pas, parce qu'elles n'ont jamais cessé de dépendre des carburants fossiles.
Le récit qui arrange
Ce qui est le plus troublant, ce n'est pas seulement cette dépendance. C'est le récit qui l'a accompagnée. Depuis des années, on explique aux Français que sortir des hydrocarbures pour les transports serait forcément lent, coûteux, qu'il faudrait attendre le renouvellement complet du parc, refaire les infrastructures, accepter une transition sur des décennies. Comme si la seule alternative était de rester dépendant ou de tout changer d'un coup.
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