« Parce que je n'ai qu'un méchant coursier, on m'appelle pirate ; et parce que tu as une grande flotte, on t'appelle empereur. »
Saint Augustin, La Cité de Dieu, vers 415
« Rien n’est si contagieux que l’exemple, et nous ne faisons jamais de grands biens ni de grands maux qui n’en produisent de semblables. »
La Rochefoucauld, Réflexions ou sentences et maximes morales, 1665
Le samedi 17 octobre, des centaines de milliers de manifestants ont défilé dans toute la France contre la vie chère, 550 000 selon le ministère de l’Intérieur, 800 000 selon les organisateurs. Un étudiant y dénonçait le fait de devoir « trimer toute la journée, pour ne pas pouvoir remplir leur chariot » (Eddy, propos recueillis par l’Agence France-Presse, 2026). Le soir venu, d’autres sont passés à la caisse sans passer à la caisse. À Paris, à Lyon, à Lille, à Marseille, à Bordeaux ou à Annemasse, on a vidé des supérettes, des magasins de téléphonie, de vêtements de sport et de cosmétiques, des bijouteries, et parfois des boutiques de luxe. À Lille, le Sephora de la Grand-Place, l’Apple Store et un opticien. À Marseille, Mauboussin, Longchamp et le Centre Bourse. À Annemasse, la bijouterie Histoire d’Or et le fond de caisse d’un bureau de tabac. À Limoges, l’hôtel de ville, inauguré en 1883 et protégé au titre des monuments historiques, a brûlé dans la nuit, et son campanile s’est effondré.
Le ministère de l’Intérieur a recensé 2 397 interpellations et 997 policiers et gendarmes blessés, et l’on comptait au 22 octobre plus de 2 500 gardes à vue. Le nombre de commerces touchés varie selon les sources, de 1 500 pour la Fédération du commerce et de la distribution à une fourchette de 2 000 à 3 000 pour le ministre du Commerce, Serge Papin. Une agence de notation estime les pertes assurées entre 1 et 1,2 milliard d’euros. Une semaine plus tard, le 24 octobre, la nouvelle journée de mobilisation s’est déroulée sous très haute surveillance, avec 1 314 interpellations mais encore quelques dizaines de commerces pillés.
Quelques jours après le 17, les annonces fleurissaient sur Vinted et Leboncoin, avec une franchise désarmante, « volé le 17 », « revente du 17 », « maquillage du 17 octobre pas cher », et même, côté acheteurs, « cherche maquillage du 17 svp». Le butin n’était même pas toujours destiné à un usage personnel, mais souvent à faire des affaires.
« Savoir voir ce que l'on voit »
Face à ces scènes, deux grands récits se répondent depuis 20 ans, celui des barbares et celui des révoltés.
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