Le monde du travail brûle, et le pouvoir regarde ailleurs

Le Sénat vient d'écarter un rapport sur la souffrance au travail. Le geste a été bien trop peu commenté au regard de ses enjeux : une manière de gouverner qui, depuis dix ans, démonte les instruments permettant de mesurer les effets de la guerre sociale silencieuse menée contre les travailleurs.

Le monde du travail brûle, et le pouvoir regarde ailleurs
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Un enterrement de première classe

Au Sénat, chaque groupe politique dispose, à chaque session, d’un « droit de tirage » qui lui permet d’imposer la création d’une mission d’information sur un sujet de son choix. En février 2026, un petit groupe du centre, le Rassemblement démocratique et social européen (RDSE), composé majoritairement de radicaux, décide d’employer ce droit pour se pencher sur un sujet de première importance. La mission est officiellement lancée le 4 février 2026, sous l’intitulé « La souffrance psychique au travail, un défi sociétal et collectif à relever ».

Pendant cinq mois, elle travaille en accumulant les auditions et les déplacements. Elle entend les cinq organisations syndicales représentatives le 31 mars, puis les organisations patronales, le Medef, la Confédération des petites et moyennes entreprises et l’Union des entreprises de proximité, le 2 avril. Défilent ensuite des directions des ressources humaines, des médecins, des chercheurs, des associations de victimes, et jusqu’au ministre du Travail Jean-Pierre Farandou, auditionné le 1ᵉʳ juillet. Ce dernier ouvre son intervention par une formule qui semble donner le ton d’un consensus, expliquant qu’il faut selon lui « progresser sur cette question de santé mentale, qui est un enjeu médical, un enjeu sociétal, et en ce qui me concerne, un enjeu pour le monde du travail » (audition devant la mission d’information du Sénat, 1ᵉʳ juillet 2026).

Dix jours plus tard, le consensus a volé en éclats. Le mercredi 8 juillet 2026, les membres de la mission se réunissent pour examiner le rapport d’Annick Girardin, sénatrice radicale de Saint-Pierre-et-Miquelon et ancienne ministre. Le texte est rejeté à l’initiative de la droite et du centre, majoritaires. Un vote négatif qui emporte une conséquence lourde puisque, selon la règle en vigueur, un rapport de mission d’information qui n’est pas adopté ne peut pas être publié. Le travail de cinq mois se trouve donc, d’un seul geste, rangé dans les tiroirs.

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