Marine Le Pen a présenté un plan de redressement des finances publiques fondé sur 140 milliards d’euros nets d’économies d’ici 2032, auxquels s’ajoutent au moins 30 milliards d’euros de baisses d’impôts. La candidate du Rassemblement national vise un déficit public inférieur à 3 % du PIB dès 2030 et une dette ramenée à 112 % du PIB à la fin du quinquennat. Elle défend aussi l’idée d’une « règle d’or » budgétaire inscrite dans la Constitution après référendum. Ce choix traduit une fuite en avant austéritaire, au moment même où les besoins de réindustrialisation et d’investissement public appellent l’inverse.
Cette « règle d’or » obligerait les gouvernements à réduire chaque année le poids de la dette publique dans le PIB jusqu’à l’objectif de 60 %. Le déficit public maximal autorisé serait recalculé chaque année en fonction de la croissance économique et du niveau d’endettement. Marine Le Pen présente ce dispositif comme un cadre de redressement. Il revient en pratique à constitutionnaliser une norme de compression budgétaire plus rigide encore que les disciplines déjà imposées au niveau européen.
Le point central tient à la croissance. Si elle ralentit, le déficit autorisé se réduira à son tour, avec à la clé des ajustements budgétaires supplémentaires. Le dispositif ne prévoit pas, dans son principe annoncé, d’exception générale pour l’investissement public productif. Il ne distingue pas les dépenses de fonctionnement des investissements nécessaires à l’appareil productif, aux infrastructures ou à la relance industrielle. Il est permis de s’interroger sur une règle qui traite de la même manière la dépense courante et l’effort de long terme dont dépend la souveraineté économique du pays.
L’autre enjeu est institutionnel. Inscrire cette contrainte dans la Constitution réduirait les marges de manœuvre des gouvernements successifs, en particulier en période de crise. Cette contrainte viendrait s’ajouter au Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, ratifié par François Hollande malgré son engagement de campagne de le renégocier. Avec une telle règle, comment faire face à une grave crise mondiale ou à une guerre ?
Par ailleurs, la « règle d’or » ne garantit pas une baisse de la dette en euros, mais seulement une diminution du ratio de dette rapporté au PIB.
Le RN promet ainsi de faire passer une orthodoxie budgétaire renforcée pour une reprise en main souveraine. En réalité, l’objectif affiché de déficit sous 3 % du PIB en 2030, couplé à 140 milliards d’économies nettes et à des baisses d’impôts d’au moins 30 milliards d’euros, resserre durablement l’action publique. Pour financer la réindustrialisation et les investissements stratégiques de l’État, cette logique de carcan budgétaire pose une contradiction de fond.
Sources :
- « Présidentielle 2027 : Marine Le Pen et le RN présentent leur contre-budget, avec « 140 milliards d’euros nets d’économies » en cinq ans » — lemonde.fr
- « Marine Le Pen propose une « règle d’or » pour rassurer les marchés sur son sérieux budgétaire » — lemonde.fr
- « 140 milliards d'euros d'efforts, baisses d'impôts, retraite à 62 ou 60 ans... Le plan choc de Marine Le Pen pour redresser les comptes publics » — rtl.fr
- « France-Marine Le Pen veut ramener le déficit budgétaire à 3% d'ici 2030 » — boursorama.com