Ils ont tous gagné — ou presque. Voilà ce que racontent, à les entendre, les partis politiques au lendemain des municipales. La réalité est tout autre : jamais la démocratie locale n’a semblé aussi désertée et la vie politique aussi fragmentée.
L’abstention comme verdict
Le chiffre devrait clore toute autosatisfaction : 42,18 % d’abstention au second tour. Hors parenthèse Covid, c’est un record. Et non, ce n’est pas un accident technique lié aux nouvelles règles du premier tour (interdiction du panachage, parité..). Car les Français ne se sont pas contentés de bouder le premier tour. Ils ont confirmé le message au second. Même lorsque l’offre s’éclaircit, même lorsque l’enjeu devient concret, ils ne reviennent pas. Ce n’est plus un décrochage ponctuel, c’est un retrait organisé.
Autrement dit le rejet du politique sur le quel nous arrêtait le baromètre annuel du Cevipof (78% des Français ne font plus confiance à la politique) ne s’arrête plus aux sommets de l’État. Il frappe désormais le dernier échelon, celui de la démocratie du quotidien, quand bien même maires et conseils municipaux sont les élus et institutions les moins dévitalisés (40% seulement des Français ne font pas confiance aux conseils municipaux contre 78% qui n’ont pas confiance dans l’Assemblée nationale, et 60% des Français qui ont confiance en leur maire contre 20% en leur député).
Un pays découpé en fiefs
Ce scrutin n’a pas produit une alternance. Il a donné à voir une territorialisation de l’offre politique et une répartition des rentes électorales : le PS (et alliés) emporte le cœur des grandes métropoles (Paris, Lyon, Marseille, Nantes, Lille, Strasbourg, Montpellier…), la droite et Horizons s’imposent dans les villes de plus de 20 000 habitants, LFI commence à faire ses courses électorales dans la « Nouvelle France » (Saint-Denis, Roubaix, Vénissieux, Creil, la Courneuve, Vaux-en-Velin…), le RN prend racine dans la France des sous-préfectures (Carcassonne, La Flèche, Liévin, la Seyne-sur-mer, Cagnes, Vierzon, Marignane, Agde, Rivesaltes, Saint-Avold, Amnéville, Carpentras, Orange…) : il y a moins une confrontation, notamment vis-à-vis du RN, qu’une esquive et une répartition des territoires en zones d’influence.
Cette municipale est le Yalta de la politique française.
Bref, chacun chez soi, et les urnes seront bien gardées. Il y a là une cohabitation territoriale sans affrontement réel, où chacun consolide son bastion en évitant soigneusement le terrain de l’autre. Cette élection n’est pas un tournant. C’est un partage, un Yalta électoral.
Mais en creux apparaît une vérité qui n’est pas bonne à dire et surtout à entendre : aucune force politique n’est aujourd’hui capable de parler à tout le pays, aucune force ne transcende le territoire et ne résonne collectivement auprès de l’ensemble des Français.
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