Québec : un scrutin d’alternance peut rouvrir le front souverainiste

Le Québec vote ce 5 octobre dans une élection où le Parti québécois part favori autour de 30 % des intentions de vote. Une majorité à l’Assemblée nationale relancerait à terme la possibilité d'un référendum sur l'indépendance et tout de suite un affrontement politique entre Québec et Ottawa.

Québec : un scrutin d’alternance peut rouvrir le front souverainiste
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Les électeurs québécois votent ce lundi 5 octobre pour renouveler les 127 sièges de l’Assemblée nationale. Le Parti québécois de Paul St-Pierre Plamondon aborde ce scrutin en position favorable, avec des intentions de vote situées autour de 30 %, un niveau qui peut suffire à produire une majorité de sièges dans un système uninominal à un tour. Ainsi, un parti souverainiste et apte à gouverner pourrait reprendre le pouvoir.

Le premier ressort du scrutin est d’abord provincial. La Coalition avenir Québec, au pouvoir depuis 2018, affronte l’usure du pouvoir et le mécontentement accumulé sur le coût de la vie, le logement, l’accès aux soins et l’état des services publics. Une part importante du vote péquiste relève donc aussi d’une logique d’alternance ; le tout est de savoir quelle est dans le cœur des électeurs québécois la part de désir de souveraineté. Cette situation donne au PQ une fenêtre politique singulière, celle de convertir un désir de changement en majorité parlementaire alors même que l’appui explicite à l’indépendance demeure, pour le moment, autour de 30 à 31 %.

Une victoire péquiste modifierait pourtant en profondeur l’équation canadienne. Paul St-Pierre Plamondon a replacé la question nationale au centre du débat après des années de reflux. Il promet un troisième référendum sur l’indépendance, après ceux de 1980 et de 1995. Le précédent de 1995 reste la référence structurante, car le camp du oui avait alors échoué de quelques dizaines de milliers de voix, laissant l’idée souverainiste battue, mais non liquidée.

Le chef péquiste ne promet pas une confrontation immédiate. Il a indiqué qu’un référendum attendrait le départ de Donald Trump de la Maison Blanche, en janvier 2029, jugeant que le conflit commercial entre Washington et Ottawa rend le contexte trop instable pour ouvrir sans délai une bataille aussi lourde. Cette séquence lui permet de dissocier deux objectifs : conquérir d’abord le gouvernement du Québec, puis tenter ensuite de reconstruire une majorité politique pour l’indépendance en ayant les moyens de le faire.

L’enjeu du mandat, dans cette logique, serait d’abord le rapport de force avec Ottawa. Un gouvernement du PQ disposerait de plusieurs années pour réclamer de nouvelles compétences, multiplier les contentieux politiques avec le fédéral et exposer les limites de l’autonomie québécoise dans le cadre canadien et, pas à pas, avancer la cause de l'indépendance. La volonté d’en finir avec le financement de la lieutenante-gouverneure, représentante de Charles III au Québec, s’inscrit dans cette méthode. Le terrain juridique et constitutionnel est complexe, mais le symbole politique est clair, il s'agit d'affirmer que la légitimité de l’Assemblée nationale procède du peuple québécois et non de la Couronne (ce qui est assez parlant et légitime pour nous Français).

Pour Mark Carney, une victoire péquiste ouvrirait un front intérieur dans une conjoncture déjà tendue. Le premier ministre canadien doit composer avec le bras de fer commercial mené avec les États-Unis de Donald Trump. Il doit aussi contenir les tensions venues de l’Alberta, où des revendications autonomistes, parfois séparatistes, retrouvent de l’écho [D'ailleurs, le 19 octobre prochain, les Albertains seront appelés aux urnes pour décider s’ils souhaitent ouvrir la voie à un référendum contraignant sur la séparation de leur province du Canada, signe que la question de l’unité canadienne dépasse désormais largement le seul Québec. NDLR.]. Une crise durable avec Québec mettrait au jour une fragilité plus profonde, celle de la cohésion de la fédération canadienne elle-même.

Le Québec pèse d’un poids particulier dans cette équation. Avec environ neuf millions d’habitants, une identité nationale ancienne, une langue très majoritairement française, des institutions propres et une mémoire politique construite autour de la défense de sa spécificité, la province possède déjà plusieurs attributs d’une nation politique. Sur les plaques d’immatriculation comme au fronton du Parlement, le Québec proclame sa devise, « Je me souviens », trois mots qui résument à eux seuls la puissance de sa mémoire historique et de son identité nationale. C’est ce qui explique aussi la force du socle de l’indépendantisme. La volonté d'indépendance recule, puis revient, sans jamais disparaître tout à fait. Après trente ans de reflux, une victoire du PQ ne signifierait pas nécessairement que les Québécois ont choisi l’indépendance ici et maintenant, mais elle signifierait en revanche que la souveraineté reprend de l'importance et peut redevenir une question de gouvernement.

Le référendum n’est probablement pas pour demain. Le conflit politique entre Québec et Ottawa, lui, peut commencer dès mardi matin.

A l'heure où nous publions cet dépêches, il est un peu plus de 08h30 à Québec et à Montréal. Dans une heure les bureaux de vote ouvriront et fermeront à 20h ; il sera 2h du matin à Paris.
Article d'analyse à suivre sur Fréquence Populaire.

Bonne chance au Parti Québécois ! Et vive le Québec libre !

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