Russie unie consolide sa mainmise sur la Douma, les grandes villes restent en retrait

Russie unie arrive largement en tête des législatives russes et obtiendrait 355 sièges sur 450 à la Douma, selon des résultats préliminaires portant sur plus de 95 % des bulletins. Le parti progresse par rapport à 2021, mais les grandes villes affichent encore des profils électoraux distincts.

Russie unie consolide sa mainmise sur la Douma, les grandes villes restent en retrait
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Russie unie, le parti rattaché à Vladimir Poutine, est en passe de conserver très largement le contrôle de la Douma après les élections législatives russes achevées le 20 septembre. D’après les résultats préliminaires publiés après dépouillement de plus de 95 % des bulletins, le parti du pouvoir recueille près de 58 % des voix à la proportionnelle et obtiendrait 355 sièges sur 450, un niveau qui lui assurerait de nouveau la majorité constitutionnelle des deux tiers. 208 des 225 circonscriptions uninominales étaient également remportées ou dominées par ses candidats, ce qui porterait le total à un record pour la formation si ces chiffres sont confirmés.

Plus de 30% des nouveaux élus seraient des vétérans ayant fait la guerre en Ukraine, ce qui est symboliquement et sociologiquement très significatif. Ceux qui ont participé à la guerre domineront l'espace politique en Russie dans la décennie à venir.

Les autres partis représentés à la Douma restent loin derrière. Le Parti communiste arrive en deuxième position avec 13,81 % des voix, devant le LDPR à 8,98 % et Nouveaux Gens à 7,96 %. Russie juste se situe autour du seuil de 5 %, nécessaire pour entrer à la chambre basse au scrutin de liste. Par rapport au précédent scrutin de 2021, Russie unie améliore nettement son score national : le parti était alors à 49,8 % des voix et comptait 326 sièges. La progression est donc d’environ huit points au vote de liste et d’une trentaine de sièges au total.

La participation officielle est élevée, mais le chiffre exact reste à stabiliser. Environ 111 millions d’électeurs ont été appelés aux urnes pour ce premier scrutin législatif national organisé depuis le début de la guerre à grande échelle contre l’Ukraine. Le taux de participation annoncé s'élève à 59,3 % par la Commission électorale centrale, tandis qu’une autre publication russe avance 56,66 % pour le total final. L’écart ne modifie pas l’ordre d’arrivée, mais il laisse subsister une divergence statistique à ce stade.

La géographie électorale esquisse déjà plusieurs tendances. Russie unie ne se contente pas d’améliorer son niveau national, le parti remonte fortement dans plusieurs régions où il avait connu un net recul en 2021. Dans le kraï de Khabarovsk, son score passerait de 24,5 % en 2021 à 48,2 % en 2026. En Iakoutie, il remonterait de 33,2 % à 43 %. Dans l’oblast de Novossibirsk, il progresserait de 35,3 % à 42,9 %. À l’inverse, certains bastions très favorables au pouvoir enregistrent un tassement. Au Tatarstan, Russie unie reculerait de 79 % en 2021 à 72 % cette année, tout en restant très majoritaire.

Les grandes métropoles conservent cependant des profils distincts de la moyenne nationale. À Novossibirsk, Nouveaux Gens dépasserait 11 % des suffrages, au-dessus de son résultat national. Dans l’oblast de Sverdlovsk, qui comprend Ekaterinbourg, des résultats régionaux provisoires donnent Russie unie autour de 41 %, soit très en dessous de sa moyenne russe, avec un Parti communiste proche de 18 % et Nouveaux Gens autour de 13 %. À Saint-Pétersbourg, des résultats partiels publiés pendant le dépouillement plaçaient Russie unie à 54,47 % et Nouveaux Gens à 11,56 %, devant le Parti communiste. Cette progression du parti fondé en 2020 confirme sa présence dans un électorat urbain, plus jeune et plus tourné vers les milieux entrepreneuriaux et technologiques.

Nouveaux Gens occupe une place particulière dans le système politique russe. Le parti se présente comme libéral sur l’économie, favorable aux entrepreneurs, à la concurrence et aux technologies, avec un accent mis sur l’intelligence artificielle, la microélectronique et la « souveraineté technologique ». Il s’est aussi signalé par des positions plus libérales que les autres partis parlementaires sur les libertés numériques et les restrictions d’accès à internet. Le centre de recherche allemand SWP relève qu’il a été le seul parti de la Douma à critiquer ouvertement les coupures massives d’internet mobile au printemps 2026, ce qui a soutenu sa dynamique dans les sondages. Sur la guerre en Ukraine, en revanche, le parti ne rompt pas avec les orientations fondamentales du Kremlin et reste inscrit dans l’opposition parlementaire dite systémique.

Le scrutin s’est déroulé dans un cadre contesté. Cette élection, organisée sur trois jours et avec recours au vote électronique, s’est tenue après l’exclusion de la plupart des candidatures ouvertement opposées à la guerre. On note également l’absence de mission d’observation de l’OSCE et les critiques répétées sur la réduction de la concurrence politique. La Commission électorale russe affirme de son côté que le vote s’est déroulé correctement. Dans ce contexte, les comparaisons entre 2016, 2021 et 2026 décrivent les résultats officiels et les équilibres régionaux, mais elles ne suffisent pas, à elles seules, à mesurer une évolution de l’opinion sans tenir compte des conditions de compétition, tout en considérant le réel soutien populaire à Vladimir Poutine et aux politiques qu'il mène, tant économique que sur le front en Ukraine sur lequel le consensus est large.

Cette victoire, cette majorité absolue, donne les coudées franche au Kremlin pour mener ses objectifs à bien tant dans es relations avec les BRICS que dans le conduite de la guerre en Ukraine.

Parallèlement aux législatives, plusieurs scrutins régionaux se tenaient le même week-end. En Tchétchénie, Ramzan Kadyrov a été réélu pour un cinquième mandat avec 99,85 % des voix, selon les résultats officiels régionaux. Dans l’oblast de Novgorod, le parti Iabloko, principale formation enregistrée défendant explicitement un cessez-le-feu en Ukraine, semble avoir franchi le seuil de 5 % qui lui permettrait d’entrer au parlement régional, alors qu’il a été exclu de la course fédérale à la Douma.

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