Alors que se multiplient les informations faisant état de préparatifs militaires américains et d'une possible reprise des frappes contre l'Iran, le risque d'un nouvel embrasement du Moyen-Orient devient particulièrement préoccupant. Mais comment Téhéran se prépare-t-il concrètement à cette éventualité ?
Quelle stratégie militaire, économique et géopolitique les Iraniens entendent-ils opposer à la puissance américaine ?
Notre correspondant Marco Fernandes s'est rendu à Téhéran pour rencontrer Seyed Mostafa Khoshcheshm, analyste et stratège iranien, qui livre, dans cet entretien exceptionnel, une analyse saisissante des préparatifs de son pays, de sa doctrine de riposte et des conséquences potentiellement mondiales d'une nouvelle guerre. Seyed Mostafa Khoshcheshm affirme que la riposte iranienne ira au-delà de la région, que la troisième manche sera la dernière et que le monde vit l’« accouchement douloureux » d’un nouvel ordre.
Un témoignage rare pour comprendre ce qui se prépare, vu de l'autre côté du front.
À Téhéran comme à Washington, on s’attend à la même chose : une nouvelle manche de la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran pourrait commencer après les élections législatives américaines du 3 novembre. Samedi 31 octobre, le Guide suprême, Mojtaba Khamenei, a réuni pour la première fois le haut commandement des forces armées et a ordonné que toute menace reçoive une réponse « immédiate, efficace et sans limitation géographique », selon le Tehran Times. À Washington, l’establishment lui-même doute du plan. Le Financial Times a interrogé d’anciens chefs militaires américains pour qui aucune des options d’attaque ne renverserait le gouvernement iranien, et le Service de recherche du Congrès recense déjà 81 aéronefs américains perdus ou endommagés et 21 militaires tués.
C’est dans ce climat que Seyed Mostafa Khoshcheshm, analyste principal et stratège iranien, m’a reçu au siège de Fars Media, à Téhéran, à la mi-octobre. Nous avons parlé pendant près de deux heures, entre thé et pâtisseries iraniennes, et il n’a pas été avare de prévisions. « Ce sera une guerre plus courte que la précédente, du côté américain, mais beaucoup plus forte », m’a-t-il dit. « Cette fois, l’Iran estime qu’il ne doit pas y avoir de limites, et il va tenter d’imposer le coût le plus élevé possible aux États-Unis. » Trois semaines plus tard, l’ordre de Khamenei a sonné comme l’écho de cette conversation.
Pour Khoshcheshm, Donald Trump a perdu l’arme dont il s’est toujours servi. « Il a toujours vaincu ses adversaires par l’escalade, la tactique du fou. Dans cette manche, il a perdu cette carte. C’est maintenant l’Iran qui embrasse l’escalade pour mettre fin à tout. » La riposte iranienne, prévient-il, porterait la guerre jusqu’à l’océan Indien et dans des « pays qu’ils n’imagineraient jamais ». L’Iran tient entre ses mains ce qu’il appelle une arme « des millions de fois plus forte que la bombe atomique »... « Avec une bombe atomique, vous frappez un pays une fois. Avec le détroit d’Ormuz, vous frappez la planète entière, à répétition. »
La guerre, pour lui, fait partie de quelque chose de plus grand. Les années 2020 seraient celles d’un « accouchement douloureux », celui de la transition du pouvoir de l’Occident vers l’Orient, que l’empire dirigé par les États-Unis « ne lâche pas facilement ». Il n’en sortira aucune superpuissance, prédit-il, mais quatre grandes puissances – la Chine, l’Inde, la Russie et l’Iran –, et Washington, vaincu en Iran, misera sur la guerre hybride contre la Chine, y compris biologique.
L’explication la plus forte de la confiance iranienne, pourtant, il ne la cherche pas dans les arsenaux, mais dans la foi. Il raconte que, dans son quartier, dans l’est de Téhéran, les habitants disaient devant les maisons bombardées, « Ce n’est rien à côté de ce qu’a enduré Hussein. » Petit-fils du prophète Mahomet, l’imam Hussein a été tué en 680 à Karbala, dans l’actuel Irak, avec une poignée de compagnons face à une armée bien plus nombreuse, et son martyre est le cœur de l’identité chiite. Pour Khoshcheshm, c’est là la clé que l’Occident n’a jamais comprise.
Voici l’entretien.
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