250 ans des États-Unis Partie 3 Faire produire la terre

L’Amérique ne s’est pas construite malgré l’esclavage et l’extermination des autochtones, mais grâce à eux. Le génocide amérindien a vidé la terre ; la traite négrière l’a fait produire. Deux violences constitutives de la prospérité américaine.

250 ans des États-Unis Partie 3 Faire produire la terre
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250 ans des États-Unis Partie 2 Le génocide des Amérindiens
L’Amérique ne s’est pas construite malgré l’esclavage et l’extermination des autochtones, mais grâce à eux. Le génocide amérindien a vidé la terre ; la traite négrière l’a fait produire. Deux violences constitutives de la prospérité américaine.
« Que peut bien signifier pour l’esclave américain votre ‘‘4 juillet’’ ? Pour moi, cette date souligne, plus encore que les autres jours de l’année, l’effroyable injustice et la terrible cruauté dont il est la victime permanente. Pour l’esclave, cette commémoration est une honte ; votre liberté fanfaronne, une liesse impie ; votre grandeur nationale, une vanité boursoufflée ; vos cris de joie sont vides et de sens et de générosité ; vos dénonciations des tyrans sont d’une impudence éhontée ; vos grands discours sur la Liberté et l’Égalité, d’une ironie sans fond. Vos prières et vos hymnes, vos sermons, actions de grâce et toutes vos solennelles parades religieuses ne sont, pour l’esclave américain, que boursoufflures, mensonges, duplicité, impiété et hypocrisie. Un très léger voile pour couvrir des crimes qui feraient honte à une nation de sauvages. Il n’est pas de nation au monde qui se rende plus coupable de pratiques plus choquantes et plus sanguinaires que le peuple des États-Unis à l’heure même où je parle. »
Frederick Douglass, 5 juillet 1852
« L’esclavage ne se contente pas de priver l’esclave de tous ses droits de personne humaine dans treize États de notre confédération, il se joue aussi de la démarcation de la ligne Mason-Dixon, flotte au fil de l’Ohio et du Potomac, et graisse la patte de citoyens du Nord pour kidnapper et asservir des hommes libres du Nord, qu’ils livrent à une servitude sans espoir en les vendant aux enchères […] Les intérêts du Nord et du Sud sont étroitement liés et cela suffit à rendre le Nord aveugle au péché du Sud, et à durcir son cœur pour ignorer les souffrances de l’esclave sans défense. »
Angélina Grimké, Appel aux femmes des États dits libres, 1837

La traite transatlantique, un crime contre l’humanité
Entre le XVIe et le XIXe siècle, environ 12,5 millions d’Africains furent embarqués de force sur des navires négriers. Près de 2 millions moururent pendant la traversée – le « Middle Passage » –, entassés dans des cales enchaînés les uns aux autres, dans des espaces si étroits qu’ils ne pouvaient ni se tenir debout ni se retourner ; des espaces de moins d’un mètre cinquante de hauteur, parfois moins d’un mètre, pour des traversées de cinq semaines à six mois selon les conditions météorologiques. Les conditions sanitaires étaient si épouvantables que les épidémies (la dysenterie, appelée aussi « flux sanglant », le scorbut ou la variole) décimaient régulièrement les captifs. Les morts étaient alors jetés par-dessus bord. Parfois, les vivants aussi. En 1781, le capitaine du navire négrier Zong, voyant ses réserves d’eau diminuer et craignant de perdre sa « cargaison », fit jeter 140 esclaves à la mer. L’assurance couvrait les « pertes de cargaison » mais pas les morts de maladie. On sait également que beaucoup d’esclaves se suicidaient en se jetant à l’eau dès qu’ils en avaient l’occasion – un acte de résistance ultime que les négriers tentaient, cette fois, de prévenir en tendant des filets autour des navires. Le taux de mortalité pendant la traversée oscillait ainsi entre 14 et 20 %.

Plan du navire négrier Brookes, montrant l’entassement des hommes dans les entreponts

Ces chiffres, déjà vertigineux, ne représentent pourtant qu’une partie de la réalité. Ils ne comptabilisent pas ceux qui moururent lors des captures, des marches forcées vers les côtes, ou dans les « factoreries » (les comptoirs fortifiés où les captifs étaient parqués parfois des mois durant avant l’embarquement). Les historiens estiment que pour chaque Africain débarqué vivant aux Amériques, un ou deux autres périrent avant même de monter à bord.

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