« Dans l’état actuel de la société, qu’est-ce donc que le libre échange ? C’est la liberté du capital. Quand vous aurez fait tomber les quelques entraves nationales qui enchaînent encore la marche du capital, vous n’aurez fait qu’en affranchir entièrement l’action du capital. (...)
Mais en général, de nos jours, le système protecteur est conservateur, tandis que le système du libre-échange est destructeur. Il dissout les anciennes nationalités et pousse à l'extrême l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat. En un mot, le système de la liberté commerciale hâte la révolution sociale. C'est seulement dans ce sens révolutionnaire, Messieurs, que je vote en faveur du libre-échange. » – Karl Marx, Discours sur la question du libre-échange, 9 janvier 1848.
Le 26 septembre 1786, la France de Louis XVI signe avec l’Angleterre un traité dont le nom est aujourd’hui largement oublié, le traité Eden-Rayneval. L’événement pourrait sembler n’intéresser que les historiens de l’économie, il mérite pourtant qu’on s’y arrête, tant il éclaire le fait que lorsqu’un pays ouvre largement son marché à des concurrents disposant d’un appareil productif plus puissant que le sien, il s'expose dangereusement. C'est l'histoire un peu oubliée d'une mondialisation dont les tenants et les aboutissants peuvent pourtant nous éclairer quand à ce qu'il se passe à notre époque.
Le traité Eden-Rayneval vient compléter la paix de Versailles de 1783 qui, après la guerre d’indépendance américaine, avait rétabli la paix entre les deux vieilles puissances rivales. Le 26 septembre 1786, William Eden, envoyé extraordinaire du Premier ministre britannique William Pitt auprès de la cour de Versailles, et Joseph-Mathias Gérard de Rayneval, premier commis des Affaires étrangères et l'un des principaux diplomates de Vergennes, signent le traité qui portera leurs noms. Il s’agit de réduire fortement les barrières douanières et de faciliter les échanges entre les deux rives de la Manche.
Sur le papier, l’idée semble séduisante : deux pays commercent davantage, chacun se spécialise dans les domaines où il est le meilleur, les consommateurs bénéficient de produits moins chers et ile en découle – en théorie – que la prospérité générale doit s’en accroître. Adam Smith publiait, dix ans plus tôt, La Richesse des nations synthétisant, entre autres, ce concept. Une partie des élites françaises est conquise par ces idées nouvelles.
Il existe cependant un hic, et c'est problème considérable... L’Angleterre et la France ne partent pas de la même ligne de départ ; la structure de leurs économies n'est pas la même et on va faire combattre un poids lourd contre un poids plume. Les conséquences d'une telle inégalité de rapport de force ne peut être que sanglant, sur un ring, comme dans le commerce international.
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