250 ans des États-Unis Partie 4 L'empire qui ne dit pas son nom

Depuis leur naissance, les États-Unis projettent leur puissance bien au-delà de leurs frontières. Derrière les discours de liberté, de démocratie et de défense du « monde libre » se déploient interventions, coups d’État, bombardements et alliances cyniques… un impérialisme qui ne dit pas son nom.

250 ans des États-Unis Partie 4 L'empire qui ne dit pas son nom
250 ans des États-Unis Partie 3 Faire produire la terre
L’Amérique ne s’est pas construite malgré l’esclavage et l’extermination des autochtones, mais grâce à eux. Le génocide amérindien a vidé la terre ; la traite négrière l’a fait produire. Deux violences constitutives de la prospérité américaine.
« J’ai passé trente-trois ans dans les Marines, et durant tout ce temps, j’ai surtout servi de gros bras au service du grand capital, de Wall Street et des banquiers. En bref, j’ai été un racketteur, un gangster au service du capitalisme. J’ai aidé à sécuriser le Mexique, et en particulier Tampico, au profit des intérêts pétroliers américains en 1914. J’ai contribué à faire de Haïti et de Cuba des endroits convenables pour que les gars de la National City Bank puissent y faire des affaires. J’ai aidé au viol d’une demi-douzaine de républiques d’Amérique centrale au profit de Wall Street. J’ai contribué à “purifier” le Nicaragua au profit de la banque internationale Brown Brothers en 1902-1912. J’ai éclairé la République dominicaine au profit des intérêts sucriers américains en 1916. J’ai contribué à faire du Honduras un territoire favorable aux compagnies fruitières américaines en 1903. En Chine, en 1927, j’ai veillé à ce que Standard Oil puisse poursuivre ses activités sans être inquiétée. »
Smedley Butler, War Is a Racket, 1935

Le 12 mai 1996, la secrétaire d’État américaine Madeleine Albright était interrogée sur CBS par la journaliste Lesley Stahl à propos des sanctions économiques imposées à l’Irak depuis la guerre du Golfe. Après avoir rappelé qu’un rapport des Nations unies estimait que ces sanctions avaient causé la mort de 500 000 enfants irakiens, un nombre supérieur aux victimes d’Hiroshima, Stahl demanda à Albright si « le prix en valait la peine ». « C’est un choix très difficile, » concéda la secrétaire d’État, « mais nous pensons que le prix en vaut la peine. »

Le cynisme tranquille de cette scène, cette capacité à convertir la mort de masse en simple variable d’un calcul stratégique, et à le dire sans que cela fasse honte ni véritablement scandale, condense en quelques secondes ce que cet article entreprend de documenter depuis les origines mêmes de la nation états-unienne.

Une histoire dont l’ampleur exigerait des volumes entiers, et dont nous ne retracerons ici, malgré la longueur de l’article, que les jalons essentiels, mais en refusant les euphémismes qui en dissimuleraient la brutalité.

1. Le vertige des chiffres

Sur les deux cent cinquante années écoulées depuis la Déclaration d’indépendance, les États-Unis n’ont connu qu’une vingtaine d’années sans être engagés dans un conflit armé, soit un état de guerre quasi permanent couvrant plus de 93 % de leur existence. La seule période de cinq années consécutives de paix, entre 1935 et 1940, correspond à « l’isolationnisme » contraint de la Grande Dépression. Aucun président américain, sans exception, ne peut donc se prévaloir d’avoir été un président de paix.

Le Congressional Research Service (organe de recherche du Congrès américain) a recensé 469 « utilisations des forces armées américaines à l’étranger » entre 1798 et 2022, dont 251 pour la seule période 1991-2022. Le Military Intervention Project de l’université Tufts en dénombre, lui, plus de 500 depuis 1776. 

Mais au-delà du nombre, c’est la nature de ces interventions qui frappe.

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