« La France n’est pas aux Français, car elle est à 200 familles. La France n’est pas aux Français car elle est à ceux qui la pillent. »
La Vie est à nous, Jean Renoir, 1936
« Mme Baud réplique sur le même ton : "Vous ne me faites pas peur non plus ! J’ai devant moi un capitaliste qui fait danser les millions qu’il n’a pas gagnés." »
Michelle Perrot, Mélancolie ouvrière, 2012
La crise économique héritée du krach de 1929 a plongé la France dans une misère dont les chiffres n’offrent qu’un pâle reflet. En 1935, on compte deux millions de chômeurs officiels sur douze millions de travailleurs. Mais ce décompte ne dit rien des millions de travailleurs à temps partiel, des journaliers agricoles sans ouvrage, ou des artisans ruinés qui ne se déclarent pas chômeurs parce qu’ils n’ont jamais appris à se penser comme tels. La réalité de la privation est bien plus large que ce que les statistiques enregistrent.
Misère et menace fasciste
Ce que les chiffres ne disent pas non plus, c’est la lente dégradation du quotidien pour les classes populaires. Dans les quartiers ouvriers des grandes villes, les familles réduisent d’abord les repas, puis sautent des repas. On mange du pain, des pommes de terre, parfois un peu de lard quand on peut. La viande devient un souvenir de dimanche, puis disparaît. Les enfants vont de plus en plus souvent à l’école le ventre vide, et les instituteurs le voient à leurs visages. Les loyers impayés s’accumulent ; les propriétaires qui expulsent côtoient ceux qui n’osent pas le faire, sachant qu’ils ne trouveront pas de meilleur locataire. Des familles entières s’entassent dans une ou deux pièces, sous-louant ce qu’elles peuvent pour gratter quelques francs. Dans les banlieues industrielles de Paris, à Saint-Denis, à Ivry, à Billancourt, des bidonvilles de fortune se développent, peuplés de travailleurs (immigrés et Français) que la crise a fait tomber de l’autre côté de la ligne.
« Tombés si bas dans la misère [...] ils n’avaient plus rien à perdre dans l’esprit des gens. Ils étaient si dénués que leurs attaches humaines s’étaient rompues d’elles-mêmes. »
Louis Guilloux, La Maison du peuple, 1927
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