La Commission européenne a autorisé mardi 3 novembre le rachat du distributeur allemand Ceconomy par JD.com, sous conditions. Bruxelles a estimé que le groupe chinois avait bénéficié de subventions publiques susceptibles de fausser la concurrence dans le marché intérieur. L’exécutif européen a validé l’opération après des engagements destinés à empêcher une subvention croisée entre JD.com et Ceconomy et à neutraliser l’avantage tiré des capacités logistiques et technologiques du groupe chinois.
Ces engagements imposent que les transactions intragroupe soient réalisées aux conditions du marché, y compris les financements accordés par JD.com à Ceconomy. Ils prévoient aussi que les services logistiques et technologiques de JD.com soient proposés à des distributeurs tiers aux mêmes conditions qu’à Ceconomy. La Commission précise que ces remèdes s’appliqueront pendant dix ans et seront suivis par un mandataire indépendant.
L’enjeu dépasse le seul marché allemand. Ceconomy, maison mère notamment de MediaMarkt, MediaWorld et Saturn, détient 21,95 % du capital de Fnac Darty. Le feu vert européen ouvre donc à JD.com une entrée indirecte chez un acteur central de la distribution française de biens culturels, d’électronique et d’électroménager. Ce choix traduit une contradiction désormais classique de l’Union européenne : reconnaître un risque de distorsion lié à des soutiens publics étrangers, puis laisser l’opération se faire dès lors qu’un habillage correctif est posé.
Le dossier touche à une question plus large que le seul droit de la concurrence. JD.com ne récupère pas seulement une participation financière, le groupe met la main sur un réseau commercial européen dense et sur un point d’appui au capital de Fnac Darty. Dans un secteur déjà bousculé par Amazon, Temu et Shein, l’entrée d’un géant soutenu par la puissance chinoise accentue la pression sur les distributeurs, les fournisseurs et l’emploi. Il est permis de s’interroger sur une politique européenne qui se dit attachée à l’équité concurrentielle tout en organisant, sous conditions, l’avancée de groupes extra-européens sur des positions commerciales aussi sensibles.
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