Le jeudi 29 octobre s’est tenu à Svetlogorsk (dans la région de Kaliningrad), l’ancienne Rauschen, un séminaire Germano-Russe d’une grande importance. Ayant été invité par les collègues russes à y participer en tant que membre de l’Académie des Sciences de Russie (et sans doute en tems qu’observateur…), j’en fais ici un compte-rendu.
Ce séminaire avait officiellement pour objet de discuter de la situation économique en Russie et en Allemagne (dans le cadre du « Dialogue de Saint-Pétersbourg » qui fonctionne depuis de nombreuses années) et des perspectives de développement de la région (ou Oblast’) de Kaliningrad, cette enclave russe qui reprend une partie de la Prusse orientale.
Dans la réalité, il s’est cependant largement orienté vers les perspectives de reprise de la coopération entre la Russie et l’Allemagne et sur l’évaluation de la situation en Allemagne, qui fut discutée à la fois d’un point de vue russe et d’un point de vue allemand.
Ce court voyage m’a fait visiter des terres auxquelles ma famille fut associée dans les années 1920 et le début des années 1930. Vivant alors à Varsovie depuis 1920, ville qui avait accueilli beaucoup d’émigrés russes, elle allait passer ses vacances sur la côte polonaise (dans la ville de Sopot) et dans la ville libre de Dantzig (la Gdansk actuelle) où résidaient d’autres membres de ma famille qui y furent exterminés par les nazis en 1939. Mon père, alors lycéen au Lycée Français de Varsovie, m’avait longuement décrit ce paysage de dunes et de forêts de bouleaux et de conifères arrivant pratiquement jusqu’aux longues plages de sable.
I. Un voyage instructif
On me dira : comment aller à Kaliningrad alors que les sanctions interdisent toute communication aérienne entre l’UE et la Russie ? En réalité, rien de plus simple. Vous prenez un avion pour Varsovie (ah, les brioches aux épinards de la compagnie polonaise LOT…), puis de Varsovie à Gdansk (aéroport Lech Walesa…). Souvenir des grèves et du mouvement social en Pologne de la fin des années 1970 et du début des années 1980 que j’avais décrit dans ce qui est mon premier ouvrage Pays de l’Est – Vers la Crise Généralisée ? publié chez un petit éditeur de la région Lyonnaise, FEDEROP. Puis, enfin, le bus qui va de l’aéroport de Gdansk à Kaliningrad en 4h.
De cette partie du voyage (faite de nuit et où l’on ne voit pas grand-chose) je retiens une surprise à la frontière, qui se confirmera lors de mon trajet retour. Je m’attendais à une frontière terrestre très militarisée, les déclarations ultra-Atlantistes du gouvernement polonais laissant présager le pire.
En réalité, de militaires, on n’en voit pas, ni du côté polonais ni du côté russe. Tout se passe dans le calme, avec des douaniers polonais indifférents aux bagages, et une police des frontières russe qui ne cherche pas la petite bête. L’expérience se répétera au retour.
En dépit de l’heure tardive (il est 23h) quelques camionnettes polonaises nous accompagnent. La frontière passée, elles foncent sur une station d’essence russe et font le plein, pour trois fois moins cher qu’en Pologne. Les quelques russes qui étaient avec moi dans l’autobus rient doucement…
Arrivée, enfin, à Kaliningrad. Dans la nuit, la ville laisse apercevoir quelques anciens immeubles, vestiges de l’allemande Königsberg, de nombreuses constructions soviétiques de l’après-guerre, mais aussi des constructions modernes. Au milieu de tout cela quelques monuments à la gloire des soldats soviétiques qui sont tombés dans les terribles combats de mars et avril 1945. Souvenir, aussi, des combattants français, les pilotes du Normandie-Niemen, qui ont couvert les armées soviétiques dans la prise de Königsberg.
Svetlogorsk, du temps allemand, s’appelait Rauschen. La ville se situe sur la Baltique, au nord-ouest de la péninsule du Samland.

Avant que ne commence la conférence, je me rends compte à quel point le lieu est hanté, que ce soit de souvenirs collectifs ou de souvenirs personnels.
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