« Toute la vie, toute la personnalité des ouvriers est engagée dans la mine. Elle est pour eux le chantier, le tombeau, le lieu d’épreuve où, pendant des jours et des jours, ils luttent héroïquement contre la mort. Ils y laisseront par centaines des camarades, des amis, des fils, des frères. Le drame de leur vie bouleversée se confond avec la tragique histoire de la mine. »
Jean Jaurès, L’Humanité, 31 mars 1906
« Lorsqu’on est enfoui à trois cents mètres et plus sous terre, la fraternité s’impose, on se considère comme camarades et comme soutiens réciproques. Les distances sociales n’existent guère là. Il n’y a ni grands, ni petits ; en réalité, on est tous petits, et bien faibles et bien impuissants en face de l’imprévu redoutable dans la poussière et les ténèbres. »
César Danglot, rescapé de la catastrophe de Courrières après 20 jours et 20 nuits coincé dans la mine
Un monde à part entière
Le bassin houiller du Nord et du Pas-de-Calais à la fin du XIXe siècle n’était pas seulement un territoire industriel, c’était un monde, avec sa géographie, sa culture, ses hiérarchies, sa façon d’être ensemble et de mourir. Un monde qui s’est constitué en quelques décennies à partir de presque rien, et qui produisit l’une des identités ouvrières les plus fortes et les plus cohérentes de l’histoire sociale française.
« On mange de la mine à table, on mange de la mine toute la journée, à l’école on ne mange que de la mine. On vit dans les corons, les femmes des corons sont des femmes de mineurs, les enfants des corons sont les enfants de mineurs. On ne parle que de mine. On ne parle que de charbon. On sait déjà d’ailleurs qu’après l’école, qu’à 14 ans, après le certificat d’études, la destinée c’est d’aller au fond. [...] j’aurais sûrement pu faire autre chose. Je savais même pas qu’il y avait d’autres métiers de toute façon. On était dans un monde de mineurs, dans un village de mineurs. Tout appartenait à la mine : l’école, le médecin... »
Témoignage d’Aimable Patin dans L’Épopée des gueules noires, documentaire, 2017
L’exploitation minière du Pas-de-Calais était, au tournant du siècle, une affaire très profitable, reposant sur une organisation sociale particulière, le paternalisme industriel. C’est ce système que la catastrophe de Courrières allait, pour la première fois, mettre en crise de façon spectaculaire.
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