Dans le nord de la Birmanie, la junte ne contrôle plus directement une partie des zones de production de terres rares situées dans l’Etat kachin. La Kachin Independence Army (KIA) a pris le contrôle de territoires frontaliers et d’un nœud minier et commercial autour de Kanpaiti, sur la frontière chinoise, privant le pouvoir militaire d’une partie de cette rente minérale. En janvier 2025, cette ville-frontière a été prise par la rébellion kachin. La Chine a ensuite étendu l’activité minière dans des secteurs contrôlés par la Kachin Independence Organization, branche politique liée à la KIA.
Le basculement du contrôle territorial n’a pas remis en cause la place centrale de la Chine dans la filière. Les minerais extraits dans ces zones sont acheminés par camion vers la frontière puis traités et raffinés en Chine, qui domine très largement les capacités mondiales de séparation et de raffinage des terres rares lourdes. La majorité des terres rares lourdes importées par la Chine provient désormais de Birmanie, tandis que Pékin reste un importateur majeur de terres rares birmanes pour son industrie de transformation.
Cette organisation fait de la Birmanie un maillon amont, marqué par l’extraction, et de la Chine le centre de gravité industriel et logistique de la chaîne. Dans l’Etat kachin, des opérateurs chinois sont présents sur le terrain selon plusieurs enquêtes de presse, tandis que les flux traversent directement la frontière vers les raffineries chinoises. Le contrôle militaire local a changé de mains, mais l’orientation des exportations et la valorisation industrielle restent arrimées au marché chinois.
L’enjeu dépasse le seul conflit birman. Les terres rares lourdes comme le terbium et le dysprosium sont utilisées dans les aimants permanents, indispensables à l’automobile, à l’éolien, à l’électronique et à certains usages militaires. La dépendance du raffinage mondial à la Chine, combinée à l’instabilité armée dans les zones minières birmanes, renforce la vulnérabilité de l’approvisionnement international.
Sources :
- « Rebel group takes key Myanmar border town and rare earth mining hub in setback for military regime » — apnews.com
- « Rare-earth mining in Myanmar: 'An extreme example of widespread destruction' » — lemonde.fr
- « Comment la Chine a délocalisé ses mines les plus sales vers la Birmanie en guerre » — lemonde.fr
- « What to know about China's new regulations on rare earths » — apnews.com