À quelques semaines des élections législatives prévues en Hongrie le 12 avril, le rôle des institutions européennes dans la régulation des contenus en ligne suscite de nouvelles critiques, notamment autour de l’application du Digital Services Act (DSA), entré en vigueur pour encadrer les grandes plateformes numériques dans l’Union européenne.
La Commission européenne a confirmé ces derniers mois le renforcement des dispositifs de surveillance des contenus considérés comme trompeurs ou manipulatoires en période électorale, en coopération avec les grandes plateformes, dont Meta, ainsi qu’avec des réseaux de vérification de l’information et des organisations spécialisées dans l’observation des campagnes numériques.
Officiellement, ces mécanismes visent à lutter contre la désinformation et les tentatives d’ingérence étrangère. Mais leur mise en œuvre à proximité d’un scrutin national alimente les critiques de plusieurs centres de recherche et organisations, dont MCC Brussels et Democracy Interference Observatory, qui estiment que ces dispositifs peuvent avoir pour effet de limiter la visibilité de certains discours politiques.
Ce choix traduit une évolution majeure du rôle de l’Union européenne, désormais directement impliquée dans la régulation des conditions du débat public au sein des États membres. Il est permis de s’interroger sur les conséquences démocratiques d’un cadre où des autorités européennes non élues disposent de leviers importants sur la circulation de l’information pendant une campagne électorale.
La Commission européenne affirme de son côté que le DSA ne vise pas à arbitrer les choix politiques des électeurs, mais à garantir l’intégrité de l’espace numérique et la transparence des plateformes. Reste que la frontière entre lutte contre la manipulation et influence indirecte sur le débat politique demeure au cœur des controverses, en particulier dans des États membres où les relations avec Bruxelles sont déjà fortement conflictuelles.