La Chine a amorti une partie du choc pétrolier provoqué par la crise d’Ormuz

La fermeture du détroit d’Ormuz pendant la guerre contre l’Iran a ravivé le risque d’un choc pétrolier mondial. Mais la baisse des importations chinoises, permise par des stocks massifs et l’essor de l’électrique, a contenu une partie de la pression sur les prix.

La Chine a amorti une partie du choc pétrolier provoqué par la crise d’Ormuz
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La crise du détroit d’Ormuz, déclenchée dans le cadre de la guerre contre l’Iran, a remis au premier plan le risque d’un choc pétrolier mondial. Cette voie maritime concentre une part décisive des flux d’hydrocarbures et sa paralysie a immédiatement nourri les craintes d’une hausse durable des prix de l’énergie. Bloomberg relevait dès le 1er avril que la perturbation avait été partiellement amortie par les prélèvements sur les stocks et les distributions depuis les réserves stratégiques. Le Monde signalait de son côté, début mars, que la fermeture du détroit faisait ressurgir le spectre d’un choc comparable aux grandes crises pétrolières passées.

Dans ce contexte, la Chine a joué un rôle central dans l’absorption d’une partie de la secousse. Selon une analyse relayée par Axios à partir de données de Bloomberg Intelligence, si les importations chinoises étaient restées à leur niveau d’avant-guerre, les cours auraient été nettement plus élevés. Le même média indiquait fin mai que la Chine avait réduit ses achats de brut à environ 6,5 millions de barils par jour sur mai et juin, contre des niveaux nettement supérieurs auparavant. Cette contraction a desserré une partie de la pression sur le marché international au moment où l’offre passant par Ormuz était fortement perturbée.

Cette capacité d’ajustement repose d’abord sur l’ampleur des stocks accumulés par Pékin. L’Energy Information Administration américaine estime que la Chine a ajouté en moyenne 1,1 million de barils par jour à ses réserves stratégiques en 2025, portant l’ensemble à près de 1,4 milliard de barils en décembre 2025. D’autres estimations reprises début juin indiquent qu’en additionnant réserves commerciales et stratégiques, le pays dispose d’environ 1,2 milliard de barils mobilisables pour encaisser un choc d’approvisionnement. Bloomberg rapportait aussi la semaine dernière que les raffineurs chinois avaient commencé à puiser dans les stocks commerciaux pour compenser une partie du brut qui n’arrivait plus du Golfe.

Le second levier tient à l’évolution de la demande intérieure. La Chine reste le premier importateur mondial de pétrole, mais sa consommation dans les transports est de plus en plus contenue par l’électrification. L’Agence internationale de l’énergie indique que plus de 13 millions de voitures électriques y ont été vendues en 2025 et qu’elles ont représenté près de 55 % des ventes de voitures neuves. Le parc atteignait ainsi environ 44 millions de véhicules électriques fin 2025. Dans le fret, la progression est également rapide : un peu plus d’un quart des poids lourds vendus en Chine en 2025 étaient électriques, selon l’AIE. Cette bascule ne supprime pas la dépendance pétrolière, mais elle réduit la sensibilité immédiate de l’économie chinoise à une flambée des carburants.

Le troisième facteur est la structure du système énergétique chinois. Malgré la montée des renouvelables et du nucléaire, l’économie du pays repose encore largement sur des ressources domestiques, en particulier le charbon, pour sa production d’électricité et une partie de son activité industrielle. Cette configuration lui donne une marge que beaucoup d’économies importatrices n’ont pas lorsque le pétrole se tend brutalement. Elle permet aussi aux autorités de combiner baisse des taux de raffinage, contrôle des exportations de carburants et mobilisation des stocks afin de préserver l’approvisionnement intérieur, sans rupture visible de l’activité à grande échelle.

Cette séquence alimente une lecture plus large du rôle de Pékin dans l’économie mondiale. L’idée avancée par Javier Blas, chroniqueur de Bloomberg, est que la Chine n’apparaît plus seulement comme une source de déséquilibres commerciaux, industriels ou géopolitiques, mais aussi comme un acteur capable d’absorber une part des chocs systémiques. Le précédent de 2008 est souvent cité dans ce raisonnement : la relance chinoise avait alors soutenu la demande mondiale au plus fort de la crise financière. En 2026, le mécanisme est différent. Il ne passe pas par une impulsion de croissance, mais par la capacité d’un grand importateur à réduire brutalement sa demande de brut grâce à des réserves massives, à une politique de sécurité énergétique de long terme et à une électrification déjà avancée du transport.

La portée exacte de cet amortisseur restera discutée, car plusieurs séries de données sur les stocks et les flux chinois reposent sur des estimations. Mais un point ressort déjà : dans une crise née au croisement de la guerre et de l’énergie, la préparation logistique et industrielle de la Chine a pesé sur l’équilibre mondial du pétrole.

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