La Suède sans tabac : réussite ou écran de fumée ?

En 2025, la Suède est officiellement devenue un pays sans tabac, selon les critères de l'Organisation Mondiale de la Santé. Un exploit que la France, pourtant engagée sur la même voie depuis les années 90, est loin d'avoir accompli.

La Suède sans tabac : réussite ou écran de fumée ?
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Pour l’Organisation mondiale de la santé, un pays est considéré comme « sans tabac » lorsque la part de fumeurs quotidiens dans la population adulte passe sous le seuil des 5 %. Selon un rapport publié en mai 2026 par le Conseil suédois d'information sur l'alcool et les drogues (CAN), la Suède a atteint cet objectif en 2025 avec 4,8 % de fumeurs quotidiens. En France, où la politique antitabac a pourtant commencé plus tôt avec la loi Évin de 1991, soit deux ans avant la première grande loi suédoise sur le tabac en 1993, les dernières données de Santé publique France situent encore ce taux autour de 18 % chez les 18-75 ans. Un écart considérable qui ne suffit pourtant pas, à lui seul, à conclure à un échec de la stratégie française, les deux pays ayant abordé le problème avec des stratégies différentes.

Pour expliquer les divergences stratégiques entre les deux États, il faut d’abord comprendre que les objectifs visés ne sont pas les mêmes. Pour la Suède, il s’agit d'une approche dite de «réduction des risques». L'idée est simple : plutôt que de viser le risque zéro, on accepte de viser le risque moindre. On part du principe qu'une personne dépendante qui ne peut pas ou ne veut pas arrêter complètement vaut mieux être guidée vers une option moins dangereuse que laissée avec l'option la plus dangereuse, ici la cigarette. On ne cherche pas le comportement idéal, on cherche le comportement le moins nocif. A l’inverse, la France a opté pour une approche prohibitionniste et fiscale. L'idée est tout aussi simple, mais à l'opposé : on considère que la seule issue acceptable, c'est l'arrêt total. Pour y arriver, on joue sur deux leviers. D'abord rendre le produit le moins accessible possible grâce à des interdictions, des restrictions d'espace, et une suppression de la publicité. Ensuite rendre le produit le moins attractif possible avec une hausse des prix et un packaging qui n’est pas attrayant. L'objectif n'est pas d'accompagner la dépendance vers quelque chose de moins dangereux, mais de créer suffisamment de contraintes et de barrières pour que les gens arrêtent complètement, ou ne commencent jamais. Mais si les deux pays poursuivent le même but, moins de morts liées au tabac, les objectifs intermédiaires, eux, divergent radicalement, et donc les politiques avec.

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