Une proposition liberticide sur France Inter
Vendredi 30 octobre, sur France Inter, Ali Rabeh, maire de Trappes, a formulé une proposition stupéfiante : si la gauche revient au pouvoir en 2027, il faudrait modifier la loi pour criminaliser les discours évoquant le « grand remplacement ».
Il propose précisément d'insérer à l'article 24 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse une disposition visant à sanctionner ceux qui présentent un groupe de personnes, en raison de ses origines, de sa religion, de son ethnie ou d'une prétendue race, comme participant à un processus de remplacement démographique. Il vise explicitement les discours dénonçant le remplacement d'un prétendu peuple français « blanc, de souche pure » par l'immigration et ses descendants.
Interrogé sur le risque d'inconstitutionnalité, Ali Rabeh envisage même de modifier la Constitution pour parvenir à ses fins.
Étonnant. Et surtout profondément inquiétant.
Car enfin, de quoi parle-t-on ? De légiférer contre une opinion, de criminaliser une représentation de la société, aussi contestable et absurde soit-elle, autrement dit, d'instaurer un délit d'opinion. C'est bien de cela dont il s'agirait.
On peut évidemment parfaitement considérer – ce qui est mon cas – que les discussions obsessionnelles sur le prétendu « grand remplacement » sont intellectuellement stupides, politiquement stériles et dangereuses pour la cohésion nationale. La France, en effet, n'est pas une communauté raciale dont il faudrait préserver la pureté ; nous sommes tous Français, quelles que soient nos origines, c'est bien le sens du pacte politique qui nous unis dans notre Etat-Nation.
Mais ce n'est pas parce qu'une opinion est stupide qu'elle doit devenir un délit. La liberté d'expression n'existe pas seulement pour les idées consensuelles, elle protège aussi les opinions dérangeantes, minoritaires, provocatrices, voire profondément erronées.
Notre droit sanctionne déjà l'incitation à la discrimination, à la haine ou à la violence raciale. L'article 24 de la loi de 1881 prévoit notamment des peines pouvant atteindre un an d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour certaines de ces infractions.
Pourquoi faudrait-il donc inventer une nouvelle incrimination visant spécifiquement une théorie politique ou démographique ? Une disposition punissant la seule expression d'une opinion soulèverait de sérieuses difficultés constitutionnelles. A ce problème, le médiatique maire de Trappes a une solution révélatrice... si la Constitution fait obstacle, il faudrait envisager de la modifier !
Voilà donc où en est une certaine gauche, ou qui se considère de gauche ; plutôt que de défendre les libertés publiques, elle envisage de modifier leurs garanties constitutionnelles pour faire taire ses adversaires idéologiques.
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