« Papa, explique-moi donc à quoi sert l’histoire. »
Marc Bloch, Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, 1949
Entre 1941 et 1943, révoqué de l’université par les lois antijuives, privé de ses livres, réfugié puis entré dans la clandestinité lyonnaise sous le nom de Narbonne, Marc Bloch, dont la tête est mise à prix consacre ses dernières forces à écrire un livre. Il n’y est pas question de ses souvenirs. Il ne lance aucun appel et ne règle aucun compte. Il s’ouvre sur la question que son fils lui avait posée.
On peut voir dans ce geste un refuge, la fuite d’un savant vers ses fiches pendant que le monde brûle. Mais on peut aussi se demander ce qu’il faut avoir compris de la nature du pouvoir pour juger urgent, quand on risque sa vie, d’expliquer aux hommes comment on vérifie ce qu’on leur raconte.
Car la réponse, Bloch l’avait déjà donnée, non pas en théorie mais en actes, dans vingt années de travail sur des sujets que ses collègues jugeaient minuscules ou saugrenus. Une superstition médicale, la forme des champs, un geste de vassal. Et de ces trois curiosités, il avait tiré une manière de connaître dont il savait, lui, qu’elle n’était pas inoffensive.
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