« Je ne suis pas neutre, tu ne peux pas être neutre quand le train est en marche. »
Howard Zinn, L’Impossible Neutralité. Autobiographie d’un historien et militant, 2013
« Je veux apposer un sceau de honte sur ces salauds avides qui sont responsables de tout cela. J’ai fait de mon mieux pour mettre les nerfs du lecteur en lambeaux. »
John Steinbeck, cité dans GradeSaver, The Grapes of Wrath and Censorship, 2024
Des décennies de travail académique, d’enquêtes journalistiques, de littérature et de pensée critique, de création cinématographique, musicale et artistique ont proposé une autre histoire des États-Unis ; et rendu possible cette série. Nous avons envers elles une dette immense et insolvable et bien sûr envers les femmes et les hommes qui, américains eux-mêmes et depuis l’origine, ont choisi de regarder leur pays autrement, ont refusé les récits trompeurs, ont fouillé les archives, ont écouté les sans-voix, ont remis en question le discours imposé. On ne saurait clore cette histoire critique des États-Unis, dont le 250e anniversaire a été le prétexte, sans rappeler que cette autre Amérique n’a cessé d’exister. Et que c’est elle seule qui peut incarner l’espoir de réaliser, un jour, ce que Thomas Paine formula en 1776 comme la vocation de la nation naissante : faire du Nouveau Monde le lieu où l’humanité vivrait débarrassée des tyrannies de l’Ancien.
Car cette histoire critique des États-Unis n’a pas été, en dépit des apparences, une critique des Américains. L’idée même d’être « antiaméricain » n’a pas de sens quand on veut bien admettre que l’Amérique n’est pas, n’a jamais été un bloc. Il est bien sûr possible de parler d’une identité américaine, d’une culture américaine. Mais celles-ci ont été, depuis la Déclaration d’indépendance, l’enjeu d’une lutte acharnée et d’une extrême violence entre ceux qui ont voulu faire de cette nation un instrument de domination au profit de quelques-uns, et ceux qui en ont payé le prix, spoliés, déplacés,esclavagisés, emprisonnés, censurés, manipulés. C’est à ceux qui ont pris la parole, qui se sont organisés, qui ont fait savoir ce qu’on leur demandait de taire, qui ont écrit ou mis en images ce qu’un pouvoir refusait d’entendre que ce dernier article voudrait rendre hommage. Sans ce récit-là, l’histoire des États-Unis est tout simplement incomplète. Elle devient alors une fable.
« - Nous et les nôtres, nous vivrons encore quand tous ceux-là seront morts depuis longtemps. Comprends donc, Tom. Nous sommes ceux qui vivront éternellement. On ne peut pas nous détruire. Nous sommes le peuple et le peuple vivra toujours.
- Ouais mais on prend sur la gueule tout le temps.
- Je sais. "Ma eut un petit rire." C’est peut-être ça qui nous rend si coriaces. Les richards, ils viennent et ils passent et leurs enfants sont des bons à rien, et leur race s’éteint. Mais des nôtres, il en arrive tout le temps. Ne te tracasse pas, Tom. Des temps meilleurs viendront. »
John Steinbeck, Les raisins de la colère, 1939
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