« Les États-Unis ont perdu la guerre »

« La victoire de l’Iran sur les États-Unis est un tournant dans l’histoire mondiale ».Dans cet entretien exclusif, Mohammad Marandi affirme que la victoire de l'Iran marque un basculement historique de la géopolitique mondiale, accélère le déclin occidental et consacre l'ascension du Sud global.

« Les États-Unis ont perdu la guerre »
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Interview de Mohammad Marandi, professeur à l’Université de Téhéran, par notre confrère Marco Fernandes, initialement publié dans Brasil de Fato et traduit par Fréquence Populaire.

Au milieu de la profonde polarisation politique qui traverse les États-Unis, un phénomène inédit semble émerger sous la forme d'un étonnant consensus. De Robert Kagan, considéré comme l’un des pères du néoconservatisme, à Tucker Carlson, figure majeure du mouvement MAGA, en passant par l’ancien néolibéral devenu partisan du développement du Sud global, Jeffrey Sachs, et son ami, le politologue John Mearsheimer, tous s’accorderaient sur un point : l’Iran a remporté la guerre.

Alors que les commentateurs de Fox News déplorent la défaite de l’Empire symbolisée par le « mémorandum d’Islamabad » – lequel prévoit notamment la levée des sanctions contre la République islamique – et que Benjamin Netanyahu ordonne de nouveaux bombardements au Liban dans l’espoir de faire échouer cet accord, Téhéran célèbre ce qu’il considère comme une victoire historique. Selon cette lecture, cette guerre aurait déjà changé le monde, à l’image de la bataille de Stalingrad en son temps. L’Iran ne serait plus seulement devenu la puissance dominante d’Asie occidentale, démontrant sa supériorité militaire sur ses voisins, en particulier Israël ; il pourrait également prétendre au statut de puissance mondiale. En effet, il aurait non seulement empêché le plus vaste appareil militaire de l’histoire d’imposer ses intérêts par la force, mais contrôlerait désormais de facto le principal point de passage énergétique de la planète, le détroit d’Ormuz.

L’accord signé à distance cette semaine par les présidents Donald Trump et Masoud Pezeshkian est toutefois encore loin d’être appliqué. Les deux pays se sont accordés sur une période de soixante jours de négociations, mais de nombreux doutes subsistent quant à la faisabilité de sa mise en œuvre.

Dans un nouvel entretien exclusif, l’intellectuel iranien Mohammad Marandi a exprimé la méfiance largement partagée en Iran à l’égard de cet accord :

 « À l’heure actuelle, le régime israélien massacre chaque jour des familles, des enfants et des femmes. Tant que cela continuera et que le régime israélien ne reculera pas, il n’y aura aucune mise en œuvre de l’accord. »

C’est d’ailleurs pour cette raison que les deux délégations ne se sont pas rendues en Suisse ce vendredi, comme cela était initialement prévu.
L’Iran continue néanmoins de miser sur la mise en œuvre de l’accord. Comme le souligne Mohammad Marandi, « il s’agit évidemment d’une victoire pour l’Iran, puisque les États-Unis affirment qu’ils restitueront les avoirs qui ont été saisis (...). Ils lèveront les sanctions sur les exportations iraniennes de pétrole et d’énergie. Ils mettront fin au blocus du détroit d’Ormuz. Et ils mettront un terme au génocide au Liban, entre autres choses. »

La question est désormais de savoir ce que décideront les négociations concernant la principale exigence américaine, liée au programme nucléaire iranien et au devenir des 430 kilogrammes d’uranium enrichi à 60 %. Selon les termes de l’accord, cet uranium serait dilué sur le territoire iranien sous la stricte supervision de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), plutôt que transféré à l’étranger, ce qui constituerait, aux yeux de Téhéran, une nouvelle victoire diplomatique.

Enfin, Marandi estime que son pays « renforcera sa coopération avec les pays du Sud global, les BRICS et les membres de l’Organisation de coopération de Shanghai. Son contrôle sur le détroit d’Ormuz augmentera sa capacité à se développer économiquement et à exercer une influence régionale et mondiale plus importante que jamais ».

Alors que les négociations se poursuivent en vue de la ratification de l’accord, l’Iran se prépare également à l’un des événements les plus marquants de son histoire récente, les funérailles de l’ancien Guide suprême, Ali Khamenei – présenté comme tombé en martyr dans les premières heures de la guerre – considéré comme l’architecte principal des capacités militaires développées par le pays au cours des quarante dernières années et qui ont, selon ses partisans, surpris le monde entier.

« Ce seront des funérailles gigantesques. Il était très populaire en Iran et profondément aimé parmi les soutiens de l’Axe de la Résistance et de la cause palestinienne. Il a conduit l’Iran à cette victoire (...). Son insistance à ce que l’Iran affronte les oppresseurs, défende les opprimés et préserve sa souveraineté est ce qui amène aujourd’hui le monde à regarder l’Iran sous un jour nouveau. »

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